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La France peut-elle renaître ? Finkielkraut et Rouart ouvrent le débat

FIGAROVOX/TRIBUNE - Notre chroniqueur Ivan Rioufol rapporte des extraits d'une discussion entre Alain Finkielkraut et Jean-Marie Rouart lors de la remise du prix Combourg Chateaubriand.


Ivan Rioufol est éditorialiste au Figaro. Retrouvez ses chroniques sur son blog.


Désespérer de l'avenir? Alain Finkielkraut partage avec Eric Zemmour un même pessimisme sur les capacités de renaissance de la France. Pour ma part, je pense que tous deux se trompent sur ce point. Ils sous-estiment la préservation des héritages culturels dans les provinces et l'enracinement de la mémoire collective. Recevant, samedi au château de Combourg (Ille-et-Vilaine), le XVI e prix Combourg Chateaubriand (1) des mains de Jean-Marie Rouart, précédent lauréat, Finkielkraut a engagé avec son confrère de l'Académie un échange sur ce thème, sur les lieux d'enfance de leur célèbre aîné. Extraits.

- Jean-Marie Rouart: «Dans L'identité malheureuse, vous faites une différence entre vous, Français de première génération, et les Français de souche. En réalité l'appartenance à la France n'a jamais été acquise. Sous la Révolution, Chateaubriand a vu sa famille massacrée, pourchassée, comme le seront les juifs plus tard.»

- Alain Finkielkraut: «Ce que nous vivons est, je crois, du jamais vu. Car, dans les territoires perdus de la république, le Français de souche lui-même est devenu innommable, invisible. Avec le juif, il y rencontre la même hostilité alors que les élites refusent d'assumer la France et de transmettre l'héritage. Juifs et Français de souche sont sur le même bateau»

A une question sur une possible renaissance française:

A.F.: «Il y a des raisons de penser que les Français ou une partie d'entre eux se rebellent contre les mensonges idéologiques sous lesquels ils vivent, et qu'ils s'inquiètent de la direction prise par l'histoire. Une telle révolte peut apporter un certain réconfort. Mais elle peut aussi mal tourner, si la politique ne la prend pas en charge ou si le Front national se l'approprie»

J.-M. R.: «Nous ne vivons pas dans la pire des époques. Même aux plus graves moments de l'histoire française, il y avait des moines qui recopiaient les grands textes pour les conserver et les transmettre. La littérature a toujours fait des miracles pour préserver la France. L'espoir doit rester. Je crois au renouveau, même si l'actuelle disparition de l'Etat me paraît dangereuse».

« La Renaissance est un hommage à la tradition culturelle. Mais les conditions ne sont pas réunies car le passé est de plus en plus vulnérable, de plus en plus fragile ».

Alain Finkielkraut

A.F.: «Nous sommes hélas dans une société post-littéraire et post-culturelle et cela me rend moins optimiste. Je veux bien croire en une révolte pour le maintien de l'héritage français dans ce qu'il a de meilleur. Mais j'attends de voir».

J.-M. R.: «C'est le christianisme qui a permis la Renaissance. Il ne reste des traces ..»

A.F.: «La Renaissance est un hommage à la tradition culturelle. Mais les conditions ne sont pas réunies car le passé est de plus en plus vulnérable, de plus en plus fragile».

Le débat est ouvert.

(1) Le prix littéraire Combourg Chateaubriand a été créé en 1998 par Hervé Louboutin. Il est présidé par Philippe de Saint Robert et Sonia de La Tour du Pin

La France peut-elle renaître ? Finkielkraut et Rouart ouvrent le débat

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38 commentaires
  • génius

    le

    La France n'est pas encore morte,ne vendez pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué.....

  • perspectives

    le

    Comme tout phénomène important, une renaissance est précédée de signes avant-coureurs, un état d'esprit nouveau, des œuvres littéraires ou artistiques fortes et optimistes. Il n'y a rien de tout cela dans cette société ligotée par les préjugés, surveillée de tous côtés par une police de la pensée omniprésente. Le livre de Zemmour ou les propos de Finkelkraut sont plutôt des chants du cygne que les bourgeons du printemps.
    Mais l'espoir est toujours bien accroché dans le cœur de l'homme.

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