La journaliste française Alice Froussard s'est vu refuser l'entrée en Israël jeudi, une décision justifiée par des déclarations hostiles au pays, selon le ministère des Affaires de la Diaspora et de la Lutte contre l'antisémitisme.
Mme Froussard, arrivée pour un séjour de travail prolongé, a été interceptée à l'aéroport Ben Gourion et renvoyée en France. Cette décision a suscité de vives critiques de la part des médias français et des organisations de défense de la liberté de la presse.
Correspondante française de renom, Mme Froussard a passé les six dernières années à Jérusalem et à Ramallah pour des médias tels que Radio France, Le Figaro, TV5Monde et Mediapart.
D'après le ministère, les enquêteurs de l'aéroport ont constaté que Mme Froussard avait tenu plusieurs propos anti-israéliens, notamment des commentaires qui auraient légitimé l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023, qualifié les opérations militaires israéliennes à Gaza de « massacre » et décrit Israël comme un État d'apartheid.
Cette décision fait suite aux récentes interdictions d'entrée sur le territoire français imposées au ministre des Finances d'extrême droite, Bezalel Smotrich, et au ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, ainsi qu'aux sanctions qu'elle a imposées conjointement avec d'autres pays en raison de l'expansion des colonies et des violences perpétrées par les colons.
L'Autorité de la population et de l'immigration a refusé l'entrée à Alice Froussard sur recommandation du ministère de la Diaspora, dirigé par le ministre de droite Amichai Chikli. Cette mesure fait suite à des actions similaires menées contre des personnalités accusées par Chikli d'hostilité envers Israël, notamment la militante politique palestino-américaine Linda Sarsour.
« À l'instar de Linda Sarsour et d'autres instigateurs avant elle, Alice Froussard a elle aussi compris que les règles du jeu ont changé », a déclaré Chikli dans un communiqué. « Quiconque soutient le Hamas et le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre l'État d'Israël se verra refuser l'entrée. Bon voyage ! »
Chikli a également profité de l'occasion pour critiquer le président français Emmanuel Macron et le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qu'il a accusés à plusieurs reprises de défendre des positions anti-israéliennes.
« Quant aux critiques attendues de Macron et de Jean-Noël Barrot… vous leur avez grandement facilité la tâche », a-t-il déclaré.
Froussard n'a pas encore réagi publiquement, mais l'Association de la presse étrangère et d'autres organisations ont fermement condamné cette décision.
« Alice travaille en Israël et dans les Territoires palestiniens pour RFI et Radio France depuis de nombreuses années, et les accusations portées contre notre collègue sont scandaleuses », a écrit l'APE dans un communiqué.
« Nous trouvons particulièrement alarmant qu'un ministre du gouvernement se vante de cela sur les réseaux sociaux auprès de ses partisans. Ce n'est pas la première fois que le gouvernement israélien juge la couverture journalistique "partiale". »
Radio France Internationale a également dénoncé cette mesure dans un communiqué ferme publié sur son site internet.
« Les autorités israéliennes n’ont fourni aucune justification à RFI pour cette décision », a déclaré l’organisation, ajoutant que l’expulsion « constitue une atteinte à la liberté de la presse et intervient à un moment où les journalistes rencontrent des difficultés croissantes pour couvrir l’actualité dans la région ».
La Société des journalistes de France a également condamné cette mesure, affirmant que Froussard « couvre la vie des Palestiniens depuis six ans. Tous ses reportages n’ont été que le reflet de faits, de témoignages et de récits rapportés avec la plus grande précision ».
Reporters sans frontières a qualifié cette décision d’« atteinte extrêmement grave à la liberté ».
« Le refus de lui permettre d’exercer son métier révèle jusqu’où les autorités israéliennes sont prêtes à aller pour priver l’opinion publique internationale d’informations en provenance de Palestine », a déclaré l’organisation.