Inchangé depuis sa création, l’emblème tristement célèbre des Frères musulmans représente deux épées croisées — les épées de l’islam — surmontant un mot unique et impérieux : *Wa’idu* (وأعدوا). Ce logo constitue un puissant appel à l’action, que l’Occident a, dans sa grande majorité, constamment mal interprété.
Le terme est tiré de la sourate Al-Anfal : « Et préparez [Wa’idu] contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme chevaux de guerre, afin d’effrayer l’ennemi d’Allah et le vôtre, ainsi que d’autres que vous ne connaissez pas, mais qu’Allah connaît... »
Alors que la brutalité manifeste de groupes tels que l’État islamique (EI) et Al-Qaïda a suscité une réponse militaire occidentale rapide, les Frères musulmans (FM) ont mené, en Occident, une campagne patiente et clandestine de subversion institutionnelle, qui n’a guère suscité de riposte adéquate. Leur approche repose sur la patience et le secret, des éléments dont l’importance est trop souvent négligée. Le « soft power » (puissance douce) est au cœur de la mise en œuvre de cette stratégie.
Dans ce cadre, le *soft power* sert de prolongement clandestin au *hard power* (puissance contraignante). En apparence, il semble en phase avec les valeurs et les croyances du public visé, mais cet alignement apparent dissimule des objectifs sous-jacents. La séduction devient un levier d’influence qui, lorsqu’il est associé à la coercition, favorise une transformation progressive. Le *soft power* est généralement défini comme un moyen, pour les États, d’attirer des investissements, d’accroître leur influence et de susciter la sympathie sans recourir à la force militaire. Pour y parvenir, un pays doit comprendre son public cible et adapter son message aux valeurs et à la vision du monde de celui-ci. Les acteurs non étatiques, quant à eux, utilisent le *soft power* pour gagner en légitimité et en influence, en s’appuyant souvent sur des organisations écrans qui préparent le terrain à la diffusion de leurs idées, de la base vers le sommet.
Pour comprendre le dispositif de *soft power* des Frères musulmans, il convient de le replacer dans son contexte plus large, en commençant par son principal parrain : le Qatar, dirigé par la famille royale Al Thani. Ce soutien prend diverses formes, notamment le financement de programmes universitaires, d’établissements scolaires et de travaux de recherche en politique étrangère, aux États-Unis comme en Europe. Ces initiatives, visibles aux yeux de tous, servent de vecteurs à ce *soft power*. Interrogée, lors du sommet annuel sur l’éducation WISE à Doha, sur le financement substantiel accordé par le Fonds souverain du Qatar à des antennes universitaires internationales, la cheikha Moza bint Nasser — mère de l’actuel émir — a explicitement réfuté tout lien avec des intérêts stratégiques :
« Je n’ai jamais envisagé les choses sous cet angle. On considère souvent que l’aide étrangère doit nécessairement être liée aux intérêts nationaux. Est-ce une fatalité ? Je ne le vois pas ainsi. Pour moi, il s’agit d’une responsabilité mondiale envers autrui. »
Malgré ce démenti, la générosité du Qatar dans le domaine éducatif est largement perçue comme un volet d’une stratégie plus vaste visant à accroître son influence internationale par le biais de la culture et du savoir. Dans cette perspective, ces initiatives ne sont ni désordonnées ni fortuites ; elles s’inscrivent dans la stratégie des Frères musulmans, qui cherchent à substituer à la civilisation occidentale leur propre interprétation de l’ordre islamique, fondé sur la charia.
La paralysie stratégique des dirigeants occidentaux face aux Frères musulmans et à leurs alliés découle d’une méprise fondamentale sur la nature de la participation politique islamiste. Pendant des années, les capitales occidentales ont été guidées par une « illusion gradualiste », supposant que l’adhésion au processus électoral — telle qu’illustrée par des figures comme Recep Tayyip Erdoğan — témoignait d’un engagement idéologique envers les normes démocratiques. Pourtant, la doctrine sous-jacente avait été formulée explicitement des décennies plus tôt.
Dans une interview accordée en 1996, alors qu’il était maire d’Istanbul, Erdoğan a déclaré : « La démocratie est comme un train : on monte dedans pour atteindre sa destination, puis on en descend. » Loin d’être une simple maladresse rhétorique, cette déclaration résume parfaitement la méthodologie fondamentale des Frères musulmans : l’exploitation tactique des institutions démocratiques libérales en vue d’instaurer une hégémonie islamiste illibérale. Au moment où Erdoğan a systématiquement neutralisé toute opposition intérieure en Turquie et offert au Hamas un environnement propice à ses activités — bien avant le 7 octobre —, le train était déjà arrivé à destination depuis longtemps.
Pour comprendre cette subversion, il convient d’analyser les fondements théologiques des activités des Frères musulmans, plutôt que de se concentrer uniquement sur leurs réseaux organisationnels, pourtant largement documentés. Le concept de *wa’idu* — qui enjoint aux membres et aux sympathisants de la confrérie de se préparer — constitue un point de départ essentiel pour saisir leur stratégie. Il ne s’agit pas seulement d’attendre, mais de se préparer activement. La question est donc de savoir quelles formes de pouvoir le mouvement accumule et comment il entend les utiliser.
L’un des piliers centraux de cette stratégie est le *Tamkeen*, décrit dans le document interne intitulé « Le Projet » comme un moyen d’ancrer les Frères musulmans au sein des institutions occidentales afin de les influencer de l’intérieur. Le cheikh Yusuf al-Qaradawi, défunt guide spirituel et juriste éminent des Frères musulmans, a fourni une assise théologique à cette approche à travers sa doctrine du *Fiqh al-Aqaliyyat* — la jurisprudence des minorités musulmanes —, qui traite de la conduite des musulmans vivant au sein de sociétés minoritaires, notamment dans les pays occidentaux. Il écrivait :
« J’ai toujours conseillé aux Frères vivant à l’étranger de tenter de former, au sein de la société globale, de petites communautés qui leur soient propres ; faute de quoi, ils finiront par se dissoudre, tel le sel dans l’eau. Ce qui a permis aux juifs de préserver leur identité, c’est la création du ghetto juif ; essayez donc de constituer un ghetto musulman. »
Cette directive offre une justification théologique et juridique à la création de sociétés parallèles. La référence à l’expérience historique juive n’est pas fortuite ; elle sert à légitimer ces structures, bien que les deux situations ne soient pas comparables. Une telle société parallèle englobe des écoles et des systèmes éducatifs indépendants, des services sociaux, ainsi que des infrastructures et des activités culturelles, le tout fondé sur la doctrine des Frères musulmans.
Le « ghetto musulman » ainsi préconisé remplit une autre fonction : il permet aux organisations affiliées aux Frères musulmans de s’imposer comme les interlocuteurs privilégiés — les « gardiens » — des communautés musulmanes dans les pays occidentaux. À première vue, une telle représentation communautaire peut sembler tout à fait légitime. Toutefois, l’examen de l’idéologie des organisations qui revendiquent ce rôle révèle un problème croissant. En traitant ces structures affiliées aux Frères musulmans comme des représentants de la communauté, les gouvernements leur confèrent une légitimité. Ces organisations, souvent financées par le Qatar et d’autres bailleurs de fonds partageant la même vision, exploitent les mécanismes démocratiques pour saper les valeurs occidentales.
L’un de ces mécanismes consiste à adopter publiquement un discours et des idéaux multiculturels, tels que les droits humains, l’intégration et l’égalité. En revanche, au niveau interne, des documents stratégiques — comme « Le Projet » (1982) ou le « Mémorandum explicatif » de 1991, découverts lors d’enquêtes visant des membres des Frères musulmans — mettent en avant un discours fondé sur la victimisation et la suprématie religieuse. Dans ces textes, l’espace démocratique est perçu comme un vecteur de *Da’wa* (prosélytisme) et un levier pour opérer des changements structurels à long terme. Ce processus se déroulant par étapes, il est essentiel d’en comprendre les termes clés pour saisir la nature des « Frères » (les Frères musulmans).
La phase initiale est le *Ta’arif* (introduction), qui s’appuie sur le concept de *Wasatiyyah*. Ce terme est présenté, de manière trompeuse, au public occidental comme signifiant « modération », alors qu’il désigne, en pratique, une approche pragmatique et graduelle visant à atteindre les objectifs islamistes. Il débouche sur le *Takwin* (formation ou développement), étape cruciale consistant à instaurer une loyauté et à mettre en place des structures communautaires parallèles, sous couvert d’autonomisation des communautés issues de la diaspora — notamment par le biais de groupes de défense des droits des étudiants. Ce processus poursuit un double objectif : instaurer la confiance au sein des membres de la communauté tout en les endoctrinant systématiquement à l’islam politique.
La perquisition menée en 2001 au domicile, à Lugano, de Youssef Nada — financier des Frères musulmans — a permis de découvrir « Le Projet », un plan détaillé visant à infiltrer les institutions occidentales. Cette révélation aurait dû provoquer une onde de choc durable au sein de la communauté mondiale du renseignement. Le document décrivait des opérations clandestines, des alliances avec des rivaux politiques, des efforts pour influencer la consommation médiatique, ainsi que le recours à la « double pensée » (*doublethink*), autant d’éléments s’inscrivant dans une stratégie plus vaste de conquête de l’Occident. Pourtant, des décennies plus tard, les capitales occidentales demeurent paralysées par la crainte de répercussions diplomatiques. Une audition au Congrès américain, en 2018, portant sur l’éventuelle désignation des Frères musulmans comme « organisation terroriste étrangère », a mis en lumière ces divergences au sein de la pensée occidentale.
Alors que certains plaidaient pour une désignation globale, d’autres soutenaient qu’une telle mesure risquerait de briser des alliances cruciales au Moyen-Orient. Le représentant Stephen Lynch a exprimé cette hésitation dominante en ces termes :
« Il me semble que certains de mes collègues au Congrès ont demandé à l’administration Trump d’aller plus loin et de classer l’ensemble des Frères musulmans comme organisation terroriste étrangère, à l’instar de ce qu’ont fait l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Syrie, la Russie et les Émirats arabes unis... Une telle désignation globale compliquerait considérablement nos relations avec nos partenaires sécuritaires dans la région — notamment la Jordanie, la Tunisie, le Maroc, la Turquie et le Koweït — où les Frères musulmans sont intégrés aux structures gouvernementales et à la société. »
L’argument de Lynch privilégiait la préservation des partenariats américains au Moyen-Orient plutôt que la désignation de l’ensemble de l’appareil des Frères musulmans comme organisation terroriste, et ce, malgré la décision prise par plusieurs autres pays en ce sens. Les ramifications opérant sous l’égide idéologique des « Frères » (Ikhwan) appellent une réponse ferme. Toutefois, compte tenu des ressources limitées, les efforts devraient se concentrer sur les entités déjà désignées comme telles et sur leurs soutiens.
Lors de l’audition, des experts de premier plan ont débattu de la question de savoir si les Frères musulmans constituaient une menace mondiale, tout en examinant les implications d’une désignation du mouvement dans sa globalité. Daniel Benjamin, ancien ambassadeur itinérant et coordinateur de la lutte antiterroriste au département d’État américain, a averti qu’une telle désignation pourrait constituer une grave erreur. Son raisonnement reposait, d’une part, sur l’affirmation selon laquelle les preuves d’activités coordonnées et de subversion étaient insuffisantes et, d’autre part — point plus crucial —, sur le risque de pousser des musulmans pragmatiques dans les bras des islamistes :
« Des mesures imprudentes visant les groupes liés aux Frères musulmans ne feraient qu’accentuer l’hostilité envers l’Amérique ; nous ne devrions rien entreprendre qui aide nos ennemis à attirer davantage de recrues. Ce serait, là encore, une bévue. »
Cette hésitation repose sur une application fondamentalement erronée du principe du « vivre et laisser vivre ». Bien que ce principe reflète un idéal démocratique occidental profondément ancré, l’appliquer à une avant-garde islamiste déterminée équivaut à un suicide stratégique. L’appareil mondial des Frères musulmans n’a jamais cessé de faire progresser son programme révisionniste. En mettant systématiquement en pratique les doctrines du *Tamkeen* (consolidation/prise de pouvoir), du *Ta’arif* (présentation/sensibilisation) et du *Takwin* (formation/structuration) — par des canaux aussi bien publics que clandestins —, le mouvement émousse la capacité de l’Occident à identifier ses activités et à y résister. Il tire parti de la tolérance occidentale pour susciter de la sympathie et protéger sa subversion institutionnelle.
Adopter une posture stratégique offensive ne relève donc plus d’une escalade facultative, mais d’une nécessité opérationnelle. Maintenir une vaste coalition contre les Frères musulmans, tout en reconnaissant officiellement le mouvement comme un vecteur mondial de promotion de l’islam politique, renforcerait les efforts des gouvernements, tant sur le continent américain qu’en Europe, pour démanteler ses infrastructures. Une désignation en tant qu’organisation terroriste fournirait, par ailleurs, une base juridique permettant aux services de sécurité occidentaux d’agir contre les activités subversives du mouvement. Étant donné que cet appareil est déjà profondément enraciné au sein des structures étatiques de Doha et d’Ankara, les États-Unis et leurs alliés doivent confronter directement ces capitales. Ils doivent exiger une réévaluation catégorique de leurs liens avec les Frères musulmans (« Ikhwan ») et leurs ramifications à travers le monde, comme condition non négociable au maintien de leur partenariat.