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Blog : Torah-Box

À la recherche d'une Émouna vivante

Croire, c’est bien plus qu’accepter une vérité : c’est donner à D.ieu une place dans sa pensée et dans sa vie. C’est choisir de vivre conscient, et non distrait. Ne pas laisser le bruit du monde couvrir le murmure du Divin…

Au cœur du premier commandement "Je suis l’Éternel ton D.ieu, qui t’ai fait sortir d’Égypte" se cache une question que les plus grands maîtres ont longuement débattue : croire, est-ce seulement recevoir une vérité héritée, ou bien la découvrir soi-même ? Autrement dit, la Émouna demande-t-elle la soumission confiante ou la réflexion, un cheminement et une analyse personnels ?

Rabbénou Bé’hayé, dans l’introduction de son ‘Hovot Halévavot, invite l’homme à s’impliquer : celui qui possède l’intelligence de vérifier sa tradition mais s’en abstient par paresse en portera la responsabilité. La foi, dit-il, ne doit pas être seulement transmise ; elle doit être comprise et intériorisée.

Face à lui, l’auteur du Séfer Ha’hinoukh, lui aussi dans son introduction, trace une autre voie : il met en garde contre la tentation de tout rationaliser. Pour lui, la Émouna repose d’abord sur la confiance humble, celle du peuple qui, au Sinaï, a entendu la voix divine et a transmis ensuite cet héritage intact. Notre rôle n’est ainsi pas de disséquer leur savoir, mais d’en boire les paroles "avec soif", telles qu’elles nous sont parvenues. Le ‘Hassid Ya’avets, dans son livre Or Ha’haïm, ramène une constatation déchirante : lors de l’expulsion des Juifs d’Espagne, face aux flammes des bûchers, à la potence de l’estrapade et à l’inconnu de l’exil, ce sont justement les hommes simples qui ont montré une foi inébranlable, alors que les érudits et autres philosophes ont cédé aux séductions mensongères du baptême. L’enfant juif qui s’endort dans les bras de sa mère aux sons du "Chéma’ Israël", construit sa foi comme une évidence aussi puissante que l’amour maternel, et non sur une spéculation philosophique.

Deux approches, donc, à première vue opposées : l’une voit dans la foi une quête intellectuelle, l’autre une fidélité confiante. Mais derrière cette tension se cache peut-être une complémentarité.

Savoir et croire': deux visages d’une même lumière

Si l’on regarde de plus près, le Séfer Ha’hinoukh (Mitsva 25) lui-même évoque, à propos de ce commandement, ces deux verbes : savoir et croire. Il écrit d’abord qu’il faut "croire qu’il existe un D.ieu unique ayant créé toute chose", puis que l’explication des mots : “Je suis l’Éternel ton D.ieu” est qu’il faut "savoir et croire" qu’il existe un D.ieu dans le monde. De même, le Na’hmanide parle de ceux à qui D.ieu dit : "Je suis l’Éternel" afin qu’ils sachent et croient.

Ces mots révèlent une nuance magnifique : la connaissance et la foi ne s’opposent pas, elles se prolongent. L’une éclaire l’autre.

Maïmonide lui aussi paraît osciller entre ces deux pôles. Dans ses "Fondements de la Torah", il affirme au tout début que "le fondement des fondements" consiste à Léda’, à savoir qu’il existe un Être premier. Mais dans son Séfer Hamitsvot, il écrit : "Nous sommes enjoints de croire en D.ieu". Ses commentateurs, du Ma’assé Rokéa’h au Maharam Schik, montrent alors que cette double expression n’est pas une hésitation : elle reflète deux temps de la Émouna.

À l’époque du Sinaï, où la Présence divine se révélait à découvert, où ces mêmes yeux avaient contemplé l’ouverture de la Mer Rouge et la Révélation au sommet du Sinaï, il fallait continuer à croire ; mais, pour les générations suivantes, la connaissance, la recherche de l’existence de D.ieu par la réflexion et le récit de tous les miracles passés deviennent la manière de faire revivre cette lumière quand la vision n’est plus directe.

Là où la raison s’arrête, la foi commence

Un jour, le géant de la génération précédente, Rav El’azar Ména’hem Mann Shakh demanda au Rav de Brisk (surnommé le Griz) s’il fallait croire ou savoir. La réponse qu’il lui transmit au nom de son illustre père, le grand Rav ‘Haïm de Brisk, éclaire magnifiquement la question : "Tant que l’esprit humain peut comprendre, il s’agit de connaissance. Mais là où la raison atteint sa limite, là commence la foi."

La raison n’est pas l’ennemie de la foi, elle en est la première étape. L’intelligence humaine explore le monde, cherche D.ieu dans la logique et l’ordre des choses. Puis, lorsqu’elle arrive au seuil de l’infini, elle s’incline : c’est là que naît la foi véritable, non comme un refuge de l’ignorance, mais comme un acte d’humilité. C’est là que commence la Mitsva de Émouna. Ensuite, le cercle peut se poursuivre. Ce qui dépendait de la Émouna hier, pourra devenir suffisamment logique et évident pour ne dépendre plus que de la raison demain, et ainsi de suite. Le petit enfant commence avec une foi très pure, simple et très naturelle. L’adulte, par sa réflexion, en transforme certaines parts, de plus en plus larges, en connaissances logiques et prouvées. Certains parviennent à atteindre alors ce que l’on appelle une “seconde innocence”, croire avec la pureté d’un enfant mais la rigueur d’un scientifique. Néanmoins certaines parts continueront toujours à appartenir à la Émouna simple et originelle. 

Ainsi, quand les maîtres disent : "Ils sauront et croiront qu’il existe un D.ieu", ils tracent le mouvement complet : chercher, comprendre, puis accueillir. Le savoir éclaire la route ; la Émouna, elle, la fait continuer au-delà de ce que les yeux voient.

Pourquoi ordonner de croire ?

Rav El’hanan Wasserman, le grand maître de Baranowicz, s’est demandé : comment peut-on ordonner la Émouna ? On peut exiger une action, mais la croyance semble être un état intérieur. Si quelqu’un croit, inutile de le lui commander ; s’il ne croit pas, il ne peut s’y forcer. De plus, comment peut-on ordonner à un jeune enfant de 13 ou 12 ans, de croire en D.ieu ? Attend-on d’un enfant de 5ème une recherche philosophique approfondie, alors que nous savons bien que les cours de philosophie, avec leur clarté légendaire, ne débuteront pas avant la Terminale ?

Sa réponse est d’une lumineuse simplicité : la Mitsva de foi ne commande pas de penser quelque chose, mais de purifier le cœur. Elle nous appelle à ne pas laisser nos désirs, nos passions ou notre orgueil étouffer la voix du vrai. Quand l’homme cesse de plier son intelligence aux envies de son cœur, la vérité apparaît d’elle-même, claire et indiscutable.

La Émouna, dès lors, n’est plus une idée imposée d’en haut : c’est la conséquence naturelle d’un cœur apaisé, d’un esprit sincère.

On raconte qu’un Maskil, un libre penseur de l’école de la Réforme, vint un jour provoquer Rav ‘Haïm de Brisk : "J’ai des questions sur la foi", lui dit-il. Rav ‘Haïm sourit : "Pour les questions, il y a des réponses. Mais pour les réponses qui ne sont que des prétextes, il n’y en a pas." Autrement dit : lorsque le doute est sincère, le dialogue illumine. Mais lorsque le doute masque une résistance du cœur, aucune preuve ne peut percer. La foi commence là où l’homme accepte de se tenir sans faux semblants devant la vérité.

La foi, souveraineté du cœur et de l’esprit

Le ‘Hazon Ich pousse encore plus loin la réflexion. Nos Sages disent qu’un Apikoros (un esprit renégat) peut être quelqu’un "qui a la possibilité d’étudier la Torah mais ne le fait pas". Pourquoi avoir relié l’interdiction pratique de Bitoul Torah, perdre son temps, à l’hérésie qui est une faute intellectuelle ?

L’homme, censé soumettre son intellect à la sagesse divine, et qui détourne son esprit vers des rêves vides et des plaisirs sans but, laisse peu à peu s’installer l’indifférence, et cette indifférence devient, sans qu’il ne s’en rende compte, l’oubli de D.ieu.

Croire, c’est donc bien plus qu’accepter une vérité : c’est donner à D.ieu une place dans sa pensée et dans sa vie. C’est choisir de vivre conscient, et non distrait. Ne pas laisser le bruit du monde couvrir le murmure du Divin.

Nous pouvons maintenant comprendre l’une des plus mystérieuses histoires du maître ‘Hassidique Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev. Rabbi Lévi Its’hak était déjà un grand érudit lorsqu’il commença à se rapprocher de la ‘Hassidout et à s'attacher à son maître Rabbi Shmelke de Nikelsbourg, et ce avant d’étudier chez le Maguid de Mézeritch. Cette nouvelle voie était considérée avec scepticisme par son beau-père Rabbi Israël Perets de Loubertov, lui-même érudit.

À son retour, son beau-père, curieux, l’accueillit et le questionna : "Eh bien, mon cher gendre, qu’as-tu donc appris là-bas de si grand ?" Rabbi Lévi Its’hak, les yeux emplis d’une étrange clarté, répondit d’une voix lente et pénétrée : "J’ai appris qu’il y a un Créateur du monde."

Le beau-père, interloqué, appela alors la servante occupée dans la maison et lui demanda : "Dis-moi, ma fille, sais-tu qu’il existe un Créateur du monde ?" "Bien sûr que oui", répondit-elle sans hésiter. Le beau-père se tourna vers le jeune rabbin et lui dit avec une pointe d’ironie : "Tu entends ? Même la servante le sait ! Était-il donc nécessaire d’aller jusqu’à Nikelsbourg pour apprendre cela ?"

Rabbi Lévi Its’hak sourit doucement, puis répondit, d’un ton à la fois humble et vibrant : "Elle, elle le croit… mais moi, je le sais" (selon certaines versions : "Elle, elle le dit… mais moi, je le sais").

Auprès de son maître, la Présence divine était si évidente qu’elle n’appartenait plus à la Émouna, la foi, mais à la Yédi’a, la connaissance.

Entre la tête et le cœur : trouver l’équilibre

La Émouna n’est pas une contrainte, mais un chemin. Elle nous invite à unir ce que la vie sépare souvent : la recherche et la confiance, la raison et l’intuition, la candeur de la grand-mère et la perspicacité du penseur, l’étude et la prière.

Elle commence dans la réflexion – car D.ieu a donné à l’homme une intelligence pour Le chercher – mais elle se poursuit au fond du cœur, lorsque nous reconnaissons l’étincelle divine présente au fond de nous, quand la raison se fait silence et que demeure l’évidence intérieure : Hakadoch Barouh Hou est là, partout et même en moi, et dirige le monde entier, sans aucun doute possible !

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Dernière mise à jour, il y a 6 minutes