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Blog : Torah-BoxVaéra ? L'aspect négatif de la toléranceAu début de la Paracha, Hachem enjoignit à Moché Rabbénou de transmettre aux Bné Israël que « Je suis Hachem, Je vous ferai sortir de tous les fardeaux (Sivlot) de l’Égypte, Je vous sauverai de leur servitude, Je vous délivrerai d'un bras étendu et avec de grands jugements… » (Chémot 6,6) Pris au sens simple, ce verset annonce que Hachem libérera le peuple juif de l’esclavage et le fera sortir d’Égypte. Toutefois, les commentateurs notent que les deux premières étapes de la Rédemption paraissent répétitives – toutes deux semblent indiquer que Hachem libérera les Bné Israël de l’oppression égyptienne. De plus, qu’ajoute le mot « Sivlot » si l’on a déjà parlé de « 'Avoda » pour faire référence à la servitude ? Plusieurs commentateurs estiment qu’il convient de redéfinir le mot « Sivlot » dans ce contexte. Ce terme peut signifier « souffrance », mais il peut aussi évoquer la tolérance vis-à-vis de quelque chose. Par exemple, quand quelqu’un est « Sovel » une situation, cela signifie qu’il la supporte, qu’il la tolère. Ce trait de caractère est souvent positif, mais il peut s'avérer nuisible de tolérer ou de s’habituer à une certaine situation, surtout si l’on risque d’en arriver à l’estimer « normale » et à ne plus réaliser qu’il s’agit d’une situation mauvaise. Le verset fait référence à ce genre de « Savlanout ». Les Bné Israël étaient tellement habitués à être asservis en Égypte (en dépit des difficultés physiques et spirituelles que cela impliquait), qu’ils « tolérèrent » l’esclavage ; ils s’y étaient habitués et acceptaient la situation comme n’étant pas si mauvaise. Or, avant de les faire sortir de l’esclavage physique, il était impératif de les sortir de cet état d’esprit de « tolérance ». Cela devait être la première étape de la rédemption : sortir psychologiquement de cette indifférence afin de souhaiter s’en défaire. Ce n’est que par ce biais que leur porte vers la liberté s’ouvrira, tant sur le plan spirituel que sur le plan physique.[1] Hachem promit donc d’abord de faire sortir les Juifs de leur état apathique de tolérance à l’esclavage, et ensuite seulement, Il les libérerait de leur esclavage physique. Cette habitude à une situation négative ne concerne pas seulement la nation, elle peut nous toucher au niveau individuel. Le Rav de Brisk en parle dans son commentaire sur le Parachat Nitsavim[2]. La Torah avertit alors le peuple de ne pas se laisser influencer par différents types de 'Avoda Zara. Le Rav de Brisk[3] relève une contradiction apparente dans les versets. Ces derniers se réfèrent d’abord aux idoles de la nation en termes extrêmement désobligeants « Eth Chikoutséem Veeth Gilouléem – leurs abominations et leurs idoles détestables ». Puis, on les décrit en évoquant les matériaux avec lesquels les idoles sont fabriquées – pierre et bois, puis or et argent. Décrire les idoles comme étant faites de pierre ou de bois est bien moins dégradant que de les appeler « abominations et idoles détestables ». Et l’argent et l’or leur donnent une connotation encore plus noble. Quel statut ont donc les idoles ; sont-elles « Chékets et Galal » ou « argent et or » ? Le Rav de Brisk explique que ces versets donnent une leçon importante quant à la nature humaine. Quand on voit quelque chose de répugnant pour la première fois, la réaction immédiate et naturelle est le dégoût. En revanche, l’être humain a tendance à perdre ce sentiment d’aversion dès lors qu’il voit cette même chose plusieurs fois ou pendant un certain temps ; il s’y habitue et la source du dégoût ne semble plus aussi répugnante. Elle devient neutre, dans un premier temps et finalement, elle peut même être considérée comme quelque chose de beau, comme l’argent ou l’or. Rav Israël Salanter exprime aussi cette idée. Nos Sages[4] affirment que si une personne commet une faute pour la deuxième fois, elle devient un acte permis à ses yeux. En effet, on peut facilement s’habituer à certaines actions que l’on considérait auparavant comme terribles. De plus, quand une personne commet continuellement certaines fautes (qu’elle sait être mauvaises), elle ressent généralement le besoin de justifier et rationaliser ses actes et se convainc donc (de manière tordue) que son comportement était en quelque sorte légitime. Rav Salanter ajoute que si l’individu commet cette même faute une troisième fois, elle ne devient pas seulement un acte permis, mais une Mitsva ! Son attitude le rend tellement insensible à la véritable nature négative de ses actions qu’il ressent le besoin de se convaincre (au moins subconsciemment) qu’il a fait la bonne chose. C’est l’affirmation du Rav de Brisk à propos de l’idolâtrie. Au début, cela semble répugnant, puis on les considère comme relativement neutres, mais on finit par les traiter comme des objets de valeur. Cet enseignement est pertinent, autant sur le plan personnel que national. Sur le plan personnel, il est impératif, de temps en temps, de prendre du recul et de se demander si certains comportements que l’on considérait auparavant comme inacceptables sont devenus progressivement plus « admissibles » et ont provoqué un déclin spirituel, même subtil. Dans la société moderne, cela se voit surtout dans le domaine de la technologie. Les progrès sont constants et nous bombardent de nouvelles façons d’accéder à toutes sortes d’informations, de médias et d’images, que nous n’aurions jamais laissés entrer dans nos foyers, dans le passé. De temps en temps, en prenant du recul et en observant notre évolution, nous pouvons essayer de freiner la tendance à s’habituer à agir d’une manière que nous considérions auparavant comme mauvaise. Au niveau national, il se peut que nous nous soyons tellement habitués à la Galout (à l’exil), que nous ne désirions pas, au fond de nous, le retour à la Terre sainte et la venue du Machia'h. De temps en temps, Hachem nous envoie des « rappels » par le biais de l’antisémitisme (que ce soit aux États-Unis, en Europe, ou même en Israël qui est encore en proie à la Galout), pour nous montrer que l’exil est une situation terrible et même si nous vivons dans l’abondance physique et spirituelle, l’état actuel des choses n’est pas l’idéal et qu’il nous faut encore aspirer à la Rédemption finale. Puissions-nous tous mériter que Hachem nous sauve et nous fasse sortir de nos « exils » personnels et nationaux, comme Il le fit pour le peuple juif à l’époque de l’esclavage égyptien.
[1] 'Hidouché Harim, Sfat Emet, Rav Bunim Mipechis'ha. [2] Dévarim 29,15-16. [3] Entendu au nom de Rav Issakhar Frand. [4] Kidouchin 20a Ajouter votre commentaire !
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