|
Blog : Torah-BoxLe respect filial, bien plus qu'une question de politesse"Honore ton père et ta mère", l’un des Dix Commandements, un précepte difficile, complexe et vaste, à la jonction des rapports entre l’homme et D.ieu et des rapports entre les hommes. Entre respect filial, crainte et Dérèkh Erets, une Mitsva qui touche à tous les aspects de la vie. C’est l’un des trois préceptes dont la Torah dit qu’il accorde vie et longévité à son auteur ; c’est de plus un précepte que la Michna qualifie de profitable à l’homme ici-bas et dans l’au-delà ; c’est enfin l’un des Dix Commandements : on l’aura deviné, il s’agit du respect filial. “Honore ton père et ta mère”, c’est la difficile Mitsva du Kiboud Av Vaèm, si complexe et vaste dans son champ d’application. Difficile, car c’est un des rares préceptes que l’on n’observe jamais assez, comme le répète inlassablement la littérature juive ; complexe, car il est ambivalent et revêt deux formes, donc compte pour deux obligations : il faut à la fois honorer et craindre (ou révérer) ses parents ; et vaste, car il revêt des formes diverses et variées, et touche à tous les aspects de la vie : le langage, le boire et le manger, l’attitude etc. Son rang assez curieux de cinquième commandement en dit long : il est à la jonction des rapports entre l’homme et D.ieu (comme le sont tous les commandements inscrits sur la 1ère table) et des rapports entre les hommes eux-mêmes (comme le sont tous les commandements inscrits sur la 2ème table) ; c’est donc qu’il participe de l’un et de l’autre. Les trois grandes catégories de préceptesPour mieux comprendre ce précepte, il importe de le situer dans la liste des 613 Mitsvot de la Torah. Il faut savoir que les préceptes de la Torah se répartissent en trois grandes catégories : les “règles” (en hébreu : ‘Édot, litt. témoignages), les “lois” (en hébreu : ’Houkim) et les “statuts” (en hébreu : Michpatim). Les “règles”, ce sont les préceptes qui n’ont pas forcément de caractère rationnel mais qui, après coup, se révèlent compréhensibles. Par exemple, l’obligation de se reposer le jour du Chabbath : de prime abord, elle ne paraît pas logique, mais dès que la Bible nous en fournit l’explication — imiter l’exemple de D.ieu qui S’est reposé le 7ème jour après l’œuvre de création — elle nous apparaît tout à fait logique. Ainsi, les règles (ou ‘Édot) sont des Mitsvot à caractère symbolique. La 2ème catégorie comprend les “lois”, ces Mitsvot qui sont purement et simplement des décrets promulgués par D.ieu et qui n’ont aucun fondement logique, en tout cas pas du point de vue de la raison humaine. Par exemple, l’interdiction de mélanger du lait et de la viande ou encore le rituel de la vache rousse. Les lois (ou ‘Houkim) sont donc des Mitsvot à caractère irrationnel (au sens positif du terme, c’est-à-dire supra-rationnel). Les “statuts” (Michpatim), quant à eux, sont des préceptes parfaitement logiques et rationnels qui, même s’ils ne nous avaient pas été ordonnés par le Créateur, n’en auraient pas moins été institués par la société, car ils nous sont dictés par la raison. Pour reprendre les termes du Talmud (‘Erouvin 100b), “même si la Torah ne nous avait pas été donnée, nous aurions appris du chat les règles de chasteté et de modestie, car cet animal a l’habitude de faire ses besoins et sa toilette avec discrétion ; la fourmi, elle, nous aurait enseigné la valeur de l’effort laborieux et de l’honnêteté, car elle ne touche pas aux provisions de sa congénère ; la colombe, par son exemple, nous aurait convaincus de l’importance de la fidélité entre époux ; et le coq, des bonnes manières, lui qui, avant de s’approcher de sa femelle, la courtise poliment”. Les statuts (ou Michpatim) sont donc des lois à caractère logique. Le respect des parents, précepte logique ou non ?Quand on aborde la Mitsva fondamentale du Kiboud Av Vaèm ou respect des parents, il n’est pas difficile de savoir à quelle catégorie elle appartient. Elle s’inscrit évidemment sous la rubrique des Michpatim, lois rationnelles. En effet, toute société suppose nécessairement une hiérarchie, et le subalterne doit respecter son supérieur. Un enfant doit donc honorer et respecter ses parents tout simplement parce qu’ils lui ont donné la vie. C’est logique. Néanmoins, et comme tous les autres préceptes de la Torah, le respect des parents possède également une dimension irrationnelle et une dimension symbolique. C’est dire que même s’il est foncièrement logique, ce précepte n’en contient pas moins des éléments qui le rapprochent des ’Houkim et des ‘Édot. Un précepte irrationnelLe commandement du Kiboud Av Vaèm se révèle irrationnel quand on lit cette loi codifiée par Maïmonide (Michné Torah, ‘Rebelles’ ch. 6) : “Jusqu’à quel point un homme doit-il honorer ses parents ? Quand bien même ils se saisiraient de sa bourse pleine d’or et la jetteraient sous ses yeux à la mer, il ne devrait pas les humilier […] ni se mettre en colère contre eux. Qu’il accepte plutôt le décret (= facteur irrationnel) de l’Écriture et garde le silence. Et jusqu’à quel point doit-il les révérer ? Admettons qu’il est richement habillé et occupe le premier rang dans une assemblée. Ses parents surviennent, déchirent ses vêtements et le molestent […] il doit encore garder le silence, craindre et redouter le Roi des rois qui lui a ordonné de tout accepter.” Autre cas : même si le fils est le fruit d’une union illégitime (bâtardise), il est tenu de respecter ses parents. Même s’il n’a jamais demandé à naître dans ces conditions, et même s’il doit porter cette flétrissure toute sa vie, il doit encore obéir à ce précepte. C’est donc une Mitsva en partie irrationnelle. Un précepte symboliqueSymbolique, le commandement du Kiboud Av Vaèm l’est à bien des égards. Il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler que “l’Écriture a mis sur un même pied d’égalité le respect que l’on doit à ses parents et celui que l’on doit à D.ieu. [...] De même qu’Il a ordonné d’honorer et vénérer Son grand Nom, ainsi a-t-Il ordonné d’honorer et craindre ses parents” (Maïmonide, idem). Quand un homme honore ses parents, il exprime sa reconnaissance à la source de sa vie, à ceux qui lui ont donné la vie ; il apprend ainsi, et reproduit en miniature, donc symboliquement, cette attitude qui consiste à vénérer et adorer son Créateur parce qu’Il est la source ultime de toute vie. En d’autres termes, ce commandement nous enseigne le devoir de gratitude (Hakarat Hatov). Il reste, pourtant, que l’obligation d’honorer ses parents demeure une Mitsva essentiellement logique, pour la raison que nous avons indiquée au début (le nécessaire respect de la hiérarchie). Toutefois, il y a, outre ce motif, d’autres considérations moins formelles, mais tout aussi importantes. Car cette obligation relève de surcroît d’un domaine très différent, qui occupe une large place dans le judaïsme : le Dérèkh Erets. Qu’est-ce que le Dérekh Erets ?L’expression Dérèkh Erets est utilisée par le Talmud sous des sens divers. Il s’agit en premier lieu et littéralement de “la manière du monde”, c’est-à-dire de la manière dont les gens se conduisent, du comportement tenu pour convenable. Cette notion ne figure pas dans un code halakhique déterminé et, bien que décrites dans le détail dans le Talmud, les Halakhot relatives à ce sujet ne sont pas contraignantes. Plutôt que comme une loi, le Dérèkh Erets est considéré comme le fondement de tout progrès possible. Les règles peuvent changer selon les lieux et selon les époques, mais un individu est généralement censé calquer son comportement sur la coutume dominante. Le Dérèkh Erets est exigé de tout le monde. Bien que les Sages déplorent l’existence d’ignorants, ils acceptent l’idée qu’un ignorant puisse savoir bien se conduire même s’il est dépourvu d’éducation formelle ; par contre, “qui ne connaît ni la Michna, ni la Bible, ni le Dérèkh Erets n’est pas un homme civilisé”. En d’autres termes, ceux qui ne se conforment pas aux bonnes manières se mettent eux-mêmes à l’index. Repas et règles de bienséanceLes règles de savoir-vivre et les usages en vigueur à l’époque du Talmud ont été recueillis dans un court traité intitulé Dérèkh Erets, qui est un trésor d’informations sur la morale et le comportement de cette époque. La Halakha relative au Dérèkh Erets couvre bien des domaines de l’existence. Ainsi, de nombreuses lois sont consacrées aux règles de bienséance respectées pendant les repas. Ces règles comportent quelques maximes frappées au coin du bon sens telles que : “Il est interdit de parler pendant le repas, car on risque d’avaler la nourriture de travers”, ainsi que des indications sur la manière de consommer différents plats. Le traité raconte aussi, non sans une certaine malice, comment Rabbi ‘Akiva invita deux de ses disciples chez lui pour vérifier leur connaissance de la politesse et des bonnes manières. Il leur présenta de la viande qui n’avait pas été assez cuite ; le premier, qui était bien élevé, goûta la viande, constata qu’elle était immangeable et la laissa sur son assiette ; tandis que le second s’efforçait de déchiqueter le morceau posé devant lui. Rabbi ‘Akiva lui dit, d’un air amusé : “Pas comme ça, mon fils. Mets ton pied sur l’assiette et tire.” Respect des parents et des éminences grisesLes règles de Dérèkh Erets possédaient encore une autre dimension, qui concerne directement notre sujet : l’obligation citée dans la Torah de respecter certaines personnes et de les traiter d’une manière particulière. Il y avait une exhortation générale à respecter les parents (“Tu honoreras ton père et ta mère”), les Sages et le roi. Des distinctions avaient été tracées entre les manières respectives de se comporter avec chacun, mais une attitude de respect envers les aînés et envers ceux qui possédaient la sagesse était enjointe par la loi biblique qui fut développée pour trouver son expression dans les règles de courtoisie. En présence de qui doit-on se lever ? Qui doit entrer ou sortir le premier d’une pièce ? À qui doit-on faire l’honneur d’accomplir une action en premier ? Tous ces sujets, qui sont largement facultatifs mais qui n’en ont pas moins été intégrés à la tradition halakhique formelle, sont abordés dans le code de Dérèkh Erets. La règle de base est que lorsqu’un honneur doit être fait, c’est à la personne qui en est la plus digne qu’il revient ; s’il s’agit au contraire d’une basse besogne, c’est au membre le moins important du groupe de commencer. Ainsi, c’est le personnage le plus important qui pénètre le premier dans une pièce, mais c’est le moins important qui sort en tête. Les nombreuses subtilités du 5ème commandementLes Halakhot relatives au respect dû au père ou à l’enseignant sont très nombreuses et soulignent que les supérieurs doivent être honorés. Dans la vie familiale au quotidien, il n’est, bien sûr, pas possible, et notamment pour les enfants, d’observer toutes les subtilités des bonnes manières et des usages ; et pour certains sages, le père ou le rabbin qui accepte de renoncer aux honneurs qui lui sont dus est honoré de toute façon. En revanche, le monarque ne pouvait agir de même, car l’honneur fait au roi, contrairement à celui qui revient au rabbin et au père, ne porte pas seulement sur sa personne ; il est rendu à l’institution monarchique. Le rabbin, ou le père, dont la sagesse vient d’un effort personnel, peut se permettre de renoncer aux honneurs et aux cérémonies. C’est pourquoi, bien qu’il soit dit que le fils n’a pas le droit de s’asseoir sur le siège de son père, de le contredire ou de parler en sa présence sans son autorisation préalable, surtout si ses paroles risquent d’être entachées d’irrespect, ces règles ne s’appliquaient pas scrupuleusement et n’entraient généralement en vigueur que lorsque les fils avaient atteint l’âge adulte et souhaitaient d’eux-mêmes honorer leurs parents. Honore… ton fils !Le Talmud nous en donne une illustration amusante. Dans son testament, un père indiquait qu’il laissait tous ses biens à son fils à condition que celui-ci devienne sot. Les Sages ne parvenaient pas à trouver une explication logique à cette étrange disposition et firent appel à Rabbi Yéhochou’a Ben ’Hanania, renommé pour ses connaissances et pour sa perspicacité. Lorsqu’ils arrivèrent chez lui, ils le trouvèrent à quatre pattes, son plus jeune fils sur le dos. Les Sages attendirent respectueusement qu’il ait fini de jouer. Lorsqu’ils purent enfin lui demander son avis sur le testament, il répondit : “Vous avez compris tout seuls. Le père voulait dire que son fils n’aurait l’héritage que lorsqu’il aurait lui-même des enfants.” Comme tous les récits du Talmud, celui-ci résume en peu de mots, et de manière très imagée, une idée profonde : si le père a droit à des honneurs et peut légitimement les “réclamer”, il doit lui aussi assumer ses responsabilités de père à l’égard de son enfant. Il doit le “ménager” et surtout ne pas le pousser dans ses derniers retranchements, mais plutôt lui vouer tendresse et affection afin de le prédisposer à honorer le 5ème des Dix Commandements. À la lumière de ces réflexions, les marques d’honneur relèvent d’une attitude réciproque, à double sens, comme le sont d’ailleurs tous les préceptes si harmonieux de notre sainte Torah. Ajouter votre commentaire !
Vous devez être membre de Juif.org pour ajouter votre commentaire. Cliquez-ici pour devenir membre ! | Membre Juif.org
Il y a 8 heures - Times of Israel
Il y a 8 heures - Kountrass
13 Février 2026 - Le Figaro
13 Février 2026 - Le Figaro
10 Février 2026 - Slate .fr
13 Février 2026 par Jcl
10 Février 2026 par Jcl
10 Février 2026 par Jcl
10 Février 2026 par Jcl
9 Février 2026 par Jcl
28 Juillet 2014
27 Juillet 2014
27 Juillet 2014
27 Juillet 2014
21 Juillet 2014
|






















