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Blog : Torah-Box

Le pouvoir caché de la parole

De même que la parole de D.ieu est créatrice, ainsi la parole de l’homme est créatrice et subsiste à jamais. Ce pouvoir de la parole, on le discerne tout particulièrement chez les Justes, car : “Lorsque le Juste décrète, le Saint, béni soit-Il, exécute.” Quant au commun du peuple, il possède ce pouvoir dans une moindre mesure. Mais il le possède tout de même !

“Les paroles de D.ieu sont pures, de l’argent sept fois raffiné” ; “Ta parole, ô D.ieu, subsiste à jamais dans les Cieux” (Psaumes) ; “Béni soit Celui qui a dit, et le monde a été créé”.

La parole divine est au cœur de la création ; le verbe de D.ieu est la condition de toute vie, la source même de toute existence. La parole, c’est le secret de la Création, le mystère que les kabbalistes n’ont cessé de sonder et qui, dans son principe, échappe à la raison humaine. Parmi tous les commentaires et toutes les spéculations, l’on peut au moins retenir une chose : la parole divine possède un pouvoir créateur.

La couronne de D.ieu

Puisque l’homme a été créé à l’image de D.ieu, il s’ensuit que sa parole possède les mêmes facultés que la parole de son Créateur. De même que la parole de D.ieu est créatrice, ainsi la parole de l’homme est créatrice et subsiste à jamais. Cette notion trouve une expression privilégiée dans le domaine de la prière. Plus qu’une activité, la Téfila est pour les Juifs un art et une vocation. Mais aussi une arme. Les mots de la prière sont efficaces et infaillibles. Et précieux. L’ange Métatron tresse, à son Créateur, une couronne avec les prières d’Israël.

Dans la nature, rien ne se perd. Et de même, affirme le Zohar, “aucune parole ne se perd” mais chacune se répercute inévitablement ici ou là, tôt ou tard. C’est dire que toute prière, quelle qu’elle soit, produit inexorablement un effet.

L’on cite souvent, à titre d’exemple, l’intercession d’Avraham. Il avait en effet supplié, “prié” D.ieu de ne pas détruire Sodome et Gomorrhe, et d’en épargner les justes. Et ce qui nous avait semblé être un échec, une vaine demande, s’est révélé par la suite une prière salutaire. En effet, par son intervention, Avraham a obtenu que soit gracié son neveu Loth, celui-là même qui allait donner naissance à Moav, l’ancêtre du roi David, et parlant au roi Messie lui-même !

Pour mieux comprendre ce pouvoir de la parole, rappelons tout d’abord une maxime de nos Sages : “Une alliance a été conclue avec les lèvres” (traité Mo’èd Katan). D.ieu a conféré au langage humain un pouvoir créateur. Rachi ajoute que le simple fait de prononcer, même involontairement, une parole, “ouvre la porte” à sa réalisation. Car la parole joue un rôle de “médiateur” entre l’esprit et la matière, elle permet de concrétiser ce qui est à l’état spirituel, d’amener à l’existence physique ce qui n’était jusque-là qu’à l’état de potentialité.

L’Admour Hazaken raconte que son maître, le Maguid de Mezeritch, communiquait systématiquement toute révélation spirituelle qui lui venait à l’esprit. Il l’énonçait oralement, alors même que ses auditeurs étaient incapables de la saisir. Mais il estimait que toute idée verbalisée est finalement attirée dans ce bas monde, celui des réalités concrètes, et finit tôt ou tard par être comprise.

Le poids du silence

Inversement, l’absence de parole peut “bloquer” et empêcher la réalisation d’un événement. C’est pourquoi un rêve qui n’a pas été raconté ne peut tout simplement pas se réaliser. Selon les termes du Talmud : “Tout rêve qui n’est pas interprété est tel une lettre qui n’a pas été lue”, dont les consignes ne seront jamais exécutées. (C’est d’ailleurs un remède contre les mauvais rêves : il suffit de ne pas les raconter, et de s’en remettre à D.ieu.)

En témoigne cette anecdote savoureuse : Rav Houna se tenait devant Rav (son maître). Celui-ci remarqua que son élève portait en guise de ceinture une espèce de natte autour des hanches.

“Où donc est passée ta ceinture ? lui demanda Rav.

— J’ai dû la mettre en gage afin de pouvoir m’acheter du vin, pour les besoins du Kiddouch. (Rav Houna était pauvre à ses débuts.)

— Plaise au Ciel que tu sois entièrement couvert de soie !” répondit Rav avec admiration.

Ces paroles finirent par se réaliser. Tandis qu’il célébrait le mariage de son fils, Rav Houna était étendu sur un divan. Lorsque ses filles et ses belles-filles firent leur entrée, elles ôtèrent leurs parures de soie et les déposèrent négligemment sur le divan, sans s’apercevoir que Rav Houna s’y trouvait, car il était de petite taille. Le Sage se trouva littéralement enfoui sous la soie. Témoin de cette scène, Rav Yossef observa : “Voilà enfin exaucée la bénédiction de Rav…” Lorsque Rav l’apprit, il en fut à la fois content et contrarié. Content du bonheur de son disciple, mais contrarié parce que, lui dit-il : “Quand je t’ai béni, tu aurais dû me répondre : ‘Et toi aussi’ (Vékhen Lémar) et j’aurais été riche moi aussi.” Se taire n’est donc pas toujours la solution… 

Une bénédiction irrésistible

Ce pouvoir de la parole, on le discerne tout particulièrement chez les Justes, car comme “l’image de D.ieu ne quitte jamais leur visage,” ils conservent intact ce pouvoir. “Lorsque le Juste décrète, le Saint, béni soit-Il, exécute.” Quant au commun du peuple, il possède ce pouvoir dans une moindre mesure. Mais il le possède tout de même. De fait, il arrive souvent que “l’on prophétise sans savoir ce que l’on a prophétisé.” Même la parole d’un homme simple est précieuse, note le Talmud. “Rabbi Elé’azar a dit au nom de Rabbi ‘Hanina : Ne prends pas à la légère la bénédiction d’un individu ordinaire ! Deux grandes personnalités — le roi David et le prophète Daniel — ont reçu la bénédiction d’un homme quelconque, et elle s’est réalisée. Pour ce qui concerne David, c’est Aravna qui l’a béni : Aravna dit au roi : Que ton D.ieu te soit favorable ! (Alors que sévissait une épidémie provoquée par le recensement, les intercessions et l’offrande de David n’ont été finalement agréées qu’à l’instant de cette bénédiction). Pour Daniel, c’est Darius : Puisse ton D.ieu, que tu sers avec persévérance, te délivrer !” (Ces mots, qui se voulaient bénédiction, ont pesé dans la balance lorsque D.ieu résolut de sauver Daniel dans la fosse aux lions.)

Ne pas “ouvrir la bouche au Satan”

L’inverse est tout aussi vrai : le même Sage (Rabbi Elé’azar, au nom de Rabbi ‘Hanina) affirme qu’“il ne faut pas non plus prendre à la légère la malédiction proférée par un laïc. Avimélekh a maudit Sarah, quand il lui a dit : ‘Ce [présent] te sera un voile sur les yeux.’ Et cette malédiction a atteint ses enfants (à elle), car il est dit d’Its’hak devenu vieux, que ses yeux avaient faibli et ne voyaient plus (Genèse).

Aussi doit-on se garder de prononcer la moindre parole négative, même si elle n’est pas catégorique, même si elle ne fait qu’exprimer un simple doute ou une crainte. Cela pourrait “ouvrir la bouche au Satan”, c’est-à-dire attirer sur soi l’attention de l’accusateur et fournir un prétexte à ses attaques.

Le Talmud nous en donne une illustration, effrayante certes, mais instructive : Chemouel était venu rendre visite à son frère Pin’has pour le consoler de la perte d’un enfant. Il vit les mains de son frère et constata que ses ongles avaient considérablement poussé.

“Tu devrais les couper…, dit Chemouel.

- S’il t’advenait un malheur pareil — perdre un être cher — renoncerais-tu à cette manifestation de deuil ?” rétorqua Pin’has.

Peu après, Chemouel perdait un être cher…

Lorsque Pin’has vint lui rendre visite, Chemouel ne put réprimer cette remarque : “Ne savais-tu pas que les mots ont un pouvoir redoutable ?!”

C’est pourquoi les Sages nous exhortent à ne pas être de “ces individus qui rapportent de mauvaises nouvelles à qui les a délégués.” S’il y a une mauvaise nouvelle à annoncer, il faut plutôt la communiquer par allusion ou bien par l’entremise d’une autre personne. C’est ainsi que Hatakh (autre nom du prophète Daniel) s’est refusé à aller annoncer à la reine Esther (qui l’avait chargé d’une mission) la mauvaise nouvelle que Mordekhaï lui avait communiquée.

La force du compliment

Autant de précautions qui, toutes, indiquent clairement que le langage possède un pouvoir créateur, outre sa fonction de communication. Car la parole a le pouvoir “d’éveiller” les mondes supérieurs, dit le Zohar : “L’éveil d'en-bas (la parole) suscite l’éveil d'en-haut (une réaction divine correspondante)”.

Ce phénomène est particulièrement visible dans les éloges ou compliments que l’on adresse à autrui : ces éloges provoquent chez le destinataire une manifestation active des qualités qu’on lui prête. Par exemple, quand on dit à un élève ou à son enfant qu’il est intelligent, on attire chez lui, à fleur de peau, cette faculté. On donne ainsi une existence concrète à ce qui n’était qu’une étincelle. Car oui, chaque individu possède des étincelles de sainteté et des vertus en puissance qui, tant qu’elles ne sont pas nommées ou désignées comme telles, restent à l’état de “potentialités”. Et quand on les souligne, on donne “forme” et “corps” à des vertus qui jusque-là, étaient latentes, enfouies et invisibles.

Blâmer le blâme

Il en va de même dans l’autre sens. Quand on critique les manières d’agir de quelqu’un (gratuitement, et sans aucune intention bienveillante), quand on “nomme” ses défauts, on leur confère une existence plus dense et prononcée. D’où l’importance de toujours rechercher chez autrui cette fameuse Nékouda Tova, cette parcelle de bien, comme l’a dit souvent Rabbi Na’hman de Breslev, car de cette façon, l’on peut même faire “passer un impie — pour peu qu’on ait débusqué chez lui un trait de caractère positif — du côté du mérite”, selon le conseil du Maguid de Mezeritch.

À la lumière de toutes ces réflexions, on comprend d’autant mieux ce propos de Maïmonide qui, du coup, prend un sens beaucoup plus profond : “C’est une Mitsva d’aimer chaque Juif… C’est pourquoi l’on doit toujours parler favorablement d’un Juif […] L’on reconnaît un Sage à sa manière de parler : il fait toujours l’éloge de son prochain et ne médit jamais de lui”. La bonne parole finit toujours par se réaliser, elle fait rejaillir le bien, lui donne une dimension concrète et, somme toute, assure sa prééminence.

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Dernière mise à jour, il y a 21 minutes