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Blog : Torah-Box

Entretien avec Nathalie Seyman (psychologue) : Les dégâts familiaux du smartphone sans filtre !

Les écrans, insidieusement, volent notre temps, mais aussi rongent notre imagination, fragilisent  notre attention, abîment notre estime de soi et sèment la zizanie dans nos familles. La psychologue Nathalie Seyman, qui reçoit enfants et adolescents au quotidien, tire la sonnette d’alarme et insiste : sans filtre solide, les parents se rassurent souvent à tort.

Vous travaillez avec les enfants et les ados. Qu’est-ce que vous observez aujourd’hui ?

Je me rends compte que les enfants d’aujourd’hui n’ont plus aucune imagination. Ils ne savent plus s’ennuyer, donc ils développent moins de pensée créatrice. Or ce manque les empêche ensuite de faire des choses plus “évoluées”. Je le vois dans des choses très simples : si je propose un dessin puis un coloriage, ils vont presque tous faire la même chose. Ils ne font pas l’effort d’inventer.

Les écrans font sécréter de la dopamine de manière contante : on reçoit une dose de plaisir en continu. Du coup, il n’y a plus d’effort à fournir pour “aller chercher” cette dopamine. Et forcément, il y a beaucoup moins de résistance à la frustration.

Même sur le plan culturel, cela se voit : dans les films, tout est déjà visualisé ; les appels se font avec caméra. Résultat, les enfants lisent moins, ils n’ont plus besoin de s’imaginer les personnages, ils n’entraînent plus ce muscle intérieur. Et oui, ça fait peur pour l’avenir.

Les enfants ne savent plus jouer. Ils ne savent plus créer. On constate une vraie pauvreté intellectuelle. Et surtout, des troubles de l’attention : les images vont très vite et le cerveau s’habitue à ne plus se focaliser sur un seul sujet mais sur mille en même temps. Pour moi, les troubles de l’attention sont liés aux écrans, sans aucun doute. Il peut y avoir d’autres facteurs, mais le facteur numéro un aujourd’hui, ce sont les écrans. Et il y a un autre point essentiel : cette dépendance à la dopamine favorise ensuite des addictions plus toxiques encore à l’avenir, bien plus dangereuses.

À votre sens, les parents sont-ils suffisamment sensibilisés sur la question des filtres ?

Beaucoup utilisent des filtres comme Family Link. Mais les parents sont souvent désespérés, parce que les enfants réussissent à contourner. J’ai eu le cas d’un enfant qui restait des heures et des heures sur les écrans, car il avait réussi à contourner le filtre, alors que ses parents le pensaient en train de faire ses devoirs. Si on installe un filtre, il faut quelque chose de solide, pas un outil que les enfants peuvent contourner très facilement en quelques manipulations.

Mais j’insiste : interdire et limiter ne suffit pas : il faut des outils concrets. Je ne parle pas de surprotection, mais de protection. Et aujourd’hui, il faut une solution matérielle solide, parce que les enfants sont bien plus forts techniquement que les parents.

Quels sont les effets à long terme ? 

Troubles de l’attention, problèmes relationnels, parfois hyperactivité. Et lorsqu’on leur retire le téléphone, certains enfants font des crises comme celles de toxicomanes qu’on tenterait de sevrer.

La dopamine est une hormone qu’on va normalement chercher, mais là elle s’offre en continu. Et quand le téléphone s’éteint ou n’est plus à disposition, on observe aussi chez beaucoup d’adultes un regain de dépression, une recrudescence des mal-être. Chez les ados, je remarque une perte de confiance en eux. Ils sont exposés sans cesse à la comparaison, notamment sur Instagram, qui donne l’impression d’avoir à faire à des individus beaux, minces, à qui la vie sourit. Comparé à leur vie qui leur semble si plate, on comprend que ce poison combiné aux difficultés naturelles de l’adolescence, peuvent donner un très mauvais départ dans la vie.

Un filtre suffit à parer à tout ça ?

Pour moi, la meilleure solution, c’est de permettre un usage avec filtre une fois de temps en temps, et le reste de la semaine s’en tenir à un téléphone Cachère.

Avec des filtres basiques, en réalité il n’y a pas de contrôle. Il faut faire très attention : souvent, les parents se rassurent eux-mêmes, mais le filtre n’a pas d’effet.

Vous avez une anecdote marquante, suite à votre travail auprès des jeunes ?

Dans une école religieuse en France, un enfant avait réussi à obtenir un téléphone à l’insu de ses parents. Il montrait à ses copains des choses très choquantes. On parle de très jeunes ados, de 12-13 ans. Un de ces copains est venu me consulter pour essayer de faire face à ce qu’il avait vu. Avec un travail intensif, il a surmonté et aujourd’hui il va très bien.

Comment expliquer que des parents donnent un smartphone à leur enfant ? Est-ce de la naïveté ? De la pression sociale ? De la lassitude ?

Je ne blâme pas les parents. Pour l’écrasante majorité, ils s’investissent dans l’éducation et veulent bien faire. Mais eux-mêmes travaillent énormément avec leur téléphone, les enfants le voient et veulent pareil. Et il y a une pression sociale. Les parents ont aussi souvent la sensation de pouvoir maîtriser, de contrôler… mais ça les dépasse très vite. Et si un enfant tombe sur des contenus qu’il n’aurait pas dû voir, il faut savoir que ça n’a pas de rapport avec l’éducation. La curiosité, à la base, est saine. Le problème avec Internet, c’est qu’elle peut très vite déboucher sur des catastrophes.

Et dans les couples, quelles sont les problématiques ?

Le problème de l’addiction et du temps passé, c’est qu’on a moins de temps de qualité avec son conjoint, moins d’attention pour lui. Je vois beaucoup plus de femmes consulter, parce qu’elles font mieux la part des choses. L’homme, souvent, a moins besoin d’attention de la part de sa femme, et donc il s’oublie. 

À votre sens, les dégâts dont vous parlez sont-ils irréversibles ?

Jamais rien n’est irréversible. L’être humain est résilient, on peut toujours surmonter. Même si un enfant voit des images négatives, on peut toujours, avec du travail et de la volonté, réparer ce qui a été brisé. 

Quelles solutions proposez-vous ?

D’abord, parler aux enfants et leur expliquer pourquoi on ne veut pas offrir l’accès à ces appareils. Si on n’explique pas, l’attirance sera encore plus forte. La protection, c’est donner les armes pour se protéger. Il faut s’allonger sur le “pourquoi” : addiction, troubles du sommeil et de l’attention, violence, impudeur, etc. Et surtout, savoir qu’on peut toujours repartir du bon pied. Ne jamais penser que c’est fini. Je vois toute la journée des gens qui s’en sortent. Déjà dire “je veux m’en sortir”, c’est le premier pas. L’humain possède des forces qu’on ne soupçonne pas.

Propos recueillis par Elyssia Boukobza

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Dernière mise à jour, il y a 45 minutes