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Blog : Torah-BoxSéder de Pessa'h : la pédagogie de la table juiveIci apparaît tout le génie d’un enseignement délivré autour d’une table, destiné à traverser les générations et atteindre l’éternité. La sortie d’Égypte et le droit à une vraie liberté parlent à chacun, qu’il soit simple ou sage, docile ou révolté. Chacun, avec son tempérament et les défis de son époque, peut trouver dans son enseignement une réponse qui remplira sa vie de sens. Dans un mois, les familles juives à travers le monde se réuniront à leur table pour célébrer le Séder de Pessa’h. Si l’évènement fondateur qu’est la sortie d’Égypte est rappelé chaque jour lors de nos prières et de nos actions de grâce après les repas, il est un jour dans l’année – deux en diaspora – où il est une Mitsva toute particulière de s’en entretenir en famille – c’est, vous l’avez compris, la soirée du Séder. Or il n’est pas anodin que cette Mitsva tout à fait fondamentale pour notre Émouna prenne place précisément autour d’une table et d’un repas. Comme si la croyance ne pouvait être transmise qu’accompagnée de chaleur humaine et de douceurs gustatives… Un secret que les ménagères juives se sont jalousement réservé à travers les siècles ! Émouna et MsokiLa soirée du Séder — littéralement soirée de "l’ordre", titre admirablement optimiste, lorsque nous voyons le joyeux désordre qui habite cette cérémonie pleine de vie — est ainsi un réel dialogue entre l’enfant qui interroge et les parents qui réfléchissent avec lui pour faire vivre son héritage : l’histoire de la sortie d’Égypte et les miracles que D.ieu a déployés pour délivrer Son peuple de l’oppression. L’image ancestrale symbolique décrite par la Haggada est celle de quatre enfants assis autour d’une table : le sage, le Racha’ — ou enfant terrible et agressif —, le simple et celui qui ne sait pas poser de questions. Quelle est la source de ces quatre attitudes différentes au Séder de Pessa’h ? La réponse est simple : à plusieurs reprises, la Torah nous prévient que nos enfants viendront nous interroger sur leurs racines et le sens de toute la soirée du Séder — dans Chémot à deux reprises, aux chapitres 12 et 13, puis dans Dévarim, au chapitre 6. Le fait intéressant est que ces questions ne sont pas identiques et les réponses varient aussi. C’est ici qu’apparaît tout le génie d’un enseignement délivré autour d’une table, destiné à traverser les générations et atteindre l’éternité. La Torah n’est pas et n’a jamais été une religion dogmatique aux réponses monolithiques. La sortie d’Égypte et le droit à une vraie liberté doivent et peuvent parler à chacun, qu’il soit simple ou sage, docile ou révolté. Chacun, avec son tempérament et les défis de son époque, à condition de chercher honnêtement la vérité, peut trouver dans son enseignement une réponse qui remplira sa vie de sens. 4 enfants autour d’1 même tableContrairement à la Haggada qui mentionne le Sage en premier, nous allons commencer par le simple. Sa question "Qu’est-ce que cela ?" apparaît dans Chémot 13, bien avant la question très élaborée du Sage qui n’apparaît que dans Dévarim 6. Ceci vient nous rappeler que l’approche d’un Juif doit toujours faire précéder le "quoi" au "pourquoi". Si l’esprit critique et cartésien des Lumières coule dans nos veines, il ne faut pas oublier que le peuple juif a mérité la Révélation par une phrase surprenante : "Na’assé Vénichma’" ("Nous ferons puis nous comprendrons"). Il est nécessaire d’entendre l’enseignement, de l’intégrer réellement, avant de passer à l’étape suivante, demander pourquoi, voire remettre en question pour approfondir à nouveau. Pour devenir réellement sage, il faut accepter de passer par la case du simple, ce qui nous permet d’apprendre avant de philosopher. La question suivante posée à table est celle du Sage : "Que sont ces témoignages, décrets et lois que l’Éternel notre D.ieu nous a ordonnés ?" La question est détaillée et précise, le Sage souhaite tout comprendre. Nous nous attendions ici à une réponse circonstanciée. Attente déçue, car la réplique est surprenante : "Tu lui enseigneras les lois de Pessa’h : on ne prendra aucun dessert après l’Afikoman !" En quoi est-ce capital ?Le père et l’enseignant, confrontés à un enfant doué d’un esprit profond et affûté, doivent satisfaire ses demandes de connaissance, mais ils doivent aussi le prévenir d’un danger qui menace les personnes intelligentes : l’intellectualisme. Tout peut être ramené aux faits intellectuels et l’être humain risque de se désincarner en une froide machine à calculer toujours précise. La réponse donnée à cet enfant a la douceur de la madeleine — ‘Hamets ? — de Proust : "Si tu veux vivre comme un homme, il ne faut jamais perdre le goût de la Matsa." On ne consomme pas de dessert après l’Afikoman, dernier morceau de Matsa consommé à table pour garder son goût en bouche. Les enseignements doivent être compris, approfondis, mais aussi ressentis et savourés. Mais voici qu’à notre table siège un autre personnage : le Racha’, généralement traduit par méchant ou pervers. La source de sa question se trouve dans Chémot 12,26 : "Lorsque vos enfants vous diront : ‘Qu’est-ce que ce travail pour vous ?’" Soit : "Pourquoi nous imposez-vous un tel labeur ? Pourquoi devrions-nous subir le Maror et son amertume ? Pourquoi y a-t-il autant de lois pesantes ?" Derrière les mots, la pédagogieLa Haggada continue en nous conseillant "d’agacer les dents du rebelle" par notre réponse. Le rebelle souffre terriblement et ses paroles nous blessent, ses morsures sont cruelles et dangereuses. S’il attaque et méprise, pour notre protection, nous devons lui écrêter les dents. Si nous savons entendre le cri de l’âme de ce Juif qui souffre, les morsures ne pourront plus nous blesser, car ses attaques ne seront alors plus personnelles, elles ne sont que l’expression d’un mal-être profond, d’une recherche de vérité. Si nous prenons 570 — valeur numérique du mot Racha’ (???) —, à quoi nous retirons 366 — valeur des dents du Racha’ (Chinav, ????) —, il ne reste plus que 204, exacte valeur du Juste — le Tsadik (????). Derrière chaque Racha’, se cache un Tsadik — un Juste —, duquel nous ne désespérons jamais et qu’il faut avoir la grandeur de percevoir. C’est là le sens profond de la réponse de l’éducateur de la Haggada faite au Racha’. Nous abordons enfin le quatrième enfant : celui qui ne sait pas poser de question. La Haggada nous donne une suggestion étrange : "At" — "tu" au féminin — "Péta’h Lo" — ouvriras le dialogue. Le sujet est féminin mais le verbe est masculin. Ce déséquilibre nous enseigne que l’essentiel de la transmission pour un jeune enfant passe par le sentiment, l’affect, la douceur d’une mère et aussi… son savoir-faire culinaire ! Ce discours maternel l’atteindra bien plus qu’un discours abstrait et mathématique, qu’il entend souvent du côté paternel. Il est indispensable de faire vivre nos valeurs, d’apprendre à en ressentir la beauté et la puissance à nos enfants, et cela passe inéluctablement par la table juive autour de laquelle toute la famille est réunie. De nos jours, nous disait le Rabbi de Loubavitch, s’est ajouté un cinquième enfant : celui qui n’est même pas à table. Lui non plus ne peut être oublié, car une table de Séder ne pourra jamais être complète tant qu’un des enfants ignore qu’une porte vers la liberté s’ouvre ce soir-là. Rav N. Mimoun & E. Boukobza Ajouter votre commentaire !
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