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Blog : Torah-BoxLa force que les nazis n'ont jamais pu confisquerLe jour de Yom Hashoah a été fixé comme jour de commémoration où nous honorons la mémoire des six millions de Juifs, dont un million et demi d’enfants, victimes de l’Holocauste. Nous nous souvenons de chaque âme battue, torturée, pendue, fusillée, brûlée ou gazée durant ces six années d’obscurité absolue. L’ampleur défie l’imagination : là où le pogrom de Sim’hat Torah 2023, encore gravé dans notre chair, nous arracha 1 200 vies, la Shoah en ravit 3 000 chaque jour pendant cinq ans et demi. Unique par sa précision scientifique, son échelle monstrueuse et sa haine gratuite, les Nazis détournant même des trains du front russe, elle incarna le mal pour le mal, comme l’écrivit Emil Fackenheim. Beaucoup connaissent les détails des terribles souffrances de nos frères durant la Shoah, nombreux sont ceux qui se sont émus du courage des combattants désespérés comme Mordekhaï Anielewicz et ses partisans du ghetto de Varsovie, mais aussi dans au moins 91 ghettos de Biélorussie ou dans certains camps d'extermination nazis, à Sobibor, à Janowska voire même à Auschwitz. Mais, il serait fallacieux d’ignorer les trésors de forces d'âme déployés par tant de Juifs qui ont résisté sans avoir les armes à la main. Tout d’abord, car, comme l'écrit Georges Bensoussan, survivre est la première des formes de résistance. Mais encore, parce que garder son humanité, ou encore mieux, son image divine face à ceux qui veulent nous en priver mérite toute notre admiration. Nous nous devons de mieux connaître le courage incroyable de ceux qui se battirent en silence pour un instant de Torah, une petite Mitsva, une main tendue à un autre déporté, un comportement juste et moral qui paradoxalement, leur donnait encore plus de forces pour survivre, en résistant au processus de déshumanisation. Les responsas halakhiques de l'époque, comme le Chout Mima’akim du Rav Ephraim Ochri du Ghetto de Kovno ou le Chout Miguey Tsalmavet (Responsas de la vallée de la mort) du Rav Aharonson sont particulièrement poignantes. Le fait qu'un Juif cherche à connaître la Volonté divine au milieu de la tourmente et se pose des questions telles que : "Puis-je me faire passer pour catholique pour avoir la vie sauve ?" ou "Est-il permis de s’évader d’un camp de concentration, en sachant que les prisonniers qui y demeurent souffriront ou seront assassinés en conséquence ?" montre de façon éclatante le niveau moral des questionneurs et du Rav censé y répondre, souvent sans livres à sa disposition. Cet article, et les deux prochains, ont pour but d’évoquer ces aspects parfois oubliés, tout particulièrement certaines facettes d’un héroïsme spirituel silencieux, manifesté par de très nombreux de nos frères, parfois restés dans l’ombre du courage de ceux qui osèrent se lever contre la puissance de la barbarie. Cimetière ou lieu de vie ?Au-delà de l’Histoire, quel pourrait être le regard d’un Juif d’aujourd’hui sur une tragédie de cette ampleur ? La tradition juive nomme le cimetière de trois façons paradoxales : Beth Hakvarot ("maison des sépultures"), Beth ‘Olam ("maison de l’éternité") et Beth Ha’haïm ("maison des vivants"). Ces noms reflètent trois visions de la mort, miroirs de nos conceptions de la vie. Si la vie n’est que pure matière, la mort est fin tragique : le cimetière, maison des sépultures, clôt le chapitre. Mais si la vie embrasse l’esprit, l’âme immortelle transcende le corps. La mort est douloureuse ? Oui. Signe-t-elle la fin de l’histoire ? Sûrement pas. Le cimetière devient maison de l’éternité, passage vers un autre plan divin. Cependant, il y a plus profond encore : si nous, les héritiers de ces générations disparues, vivons leurs passions et valeurs, il se mue en Beth Ha’haïm, maison des vivants : leurs rêves persistent en nous, touchant enfants, proches et communautés. Le Yizkor de Yom Hashoah interroge notre souvenir. Dirons-nous adieu au vide palpable, en pleurant ceux qui ne sont plus et leurs atroces souffrances ? Honorerons-nous l’âme céleste et éternelle qui réside désormais tout proche du Trône de Gloire divin ? Ou ferons-nous revivre dans nos actes quotidiens l’idéal juif, le rêve juif et la vision juive qu’on souhaitait annihiler et assassiner à travers ces six millions de Juifs ? Nos pas sur ces trois chemins, tous authentiques, résonnent dans le cœur de chacun, chacun à sa manière. Nous, peuple juif, pouvons choisir : laisser Auschwitz et Treblinka comme tombes figées, ou embrasser ces vies disparues, aspirations et passions ? Créer des mémoriaux pour des morts, ou les ranimer par notre vie et notre mémoire ? Nous seuls, gardiens du souffle vital, déciderons si ces montagnes de cendres redeviendront foyers de vie. Aurons-nous le courage d’offrir un sourire aux ancêtres qui sacrifièrent tout pour notre survie ? Fermez les yeux et écoutez leur murmure : "Donnez à vos enfants une vie juive vibrante, de Torah et de bonté, avec la joie d’un Chabbath, ou la beauté d’un acte de Tsédaka. Remplissez vos foyers de sainteté. Par une éducation juive riche et humaine, nous vivrons en eux." Cela n’apaise pas la tragédie infinie, mais dénie à Hitler toute victoire. La Shoah nous interroge et nous interpelle. S’il est incontestable que Hachem était avec nous dans les camps, peut-Il vraiment laisser son peuple se faire exterminer ? Pour pousser plus loin notre réflexion, je voudrais partager avec vous le regard d’un survivant, ramené par Reb Chmouel Greinman, témoignage merveilleusement chanté par Motty Weiss. Un vieil homme est assis à la table du Séder de Pessa’h. On l’appelle Reb Anshel Broïde, il vient de "là-bas", des camps, de l’enfer. Lorsqu’il en est sorti vivant, le monde entier, y compris le sien, n’était plus que ruines. Toute sa famille était restée là-bas : dans les fosses communes, les crématoires, les chambres à gaz. Et lui… lui s’est relevé des décombres fumants et a reconstruit son univers. Aujourd’hui, il contemple sa descendance, une forêt de visages aimés, fils et filles et petits-enfants surgis des cendres de la Shoah, qui chantent "Ma Nichtana". Des larmes de bonheur glissent sur sa barbe blanche. Yosselé, le plus petit, finit de chanter puis surprend tout le monde : "Zeidy, grand-père, je sais qu’il n’y a que quatre questions… mais moi, j’en ai une cinquième qui n’est pas dans la Haggada." "- Demande, mon enfant, demande", répond Reb Anshel avec douceur. "- Toi qui as vu l'enfer, comment as-tu pu garder ce sourire ? Comment as-tu fait pour ne pas sombrer ?" Le vieux ‘Hassid ferme les yeux. Il se revoit soixante ans plus tôt, à la table du saint Rabbi Yissakhar Dov de Belz. Le Rabbi multipliait les gestes étranges pour susciter la curiosité de son fils, mais l'enfant restait muet. Quand son père lui demanda pourquoi il ne questionnait rien, l'enfant répondit avec une simplicité bouleversante : "Père, tout est bizarre, mais tu m'as appris qu’on ne questionne pas les agissements de son père." Rabbi Anshel regarde alors sa famille, le cœur vibrant. "Dans l'horreur des camps, j'avais moi aussi mille questions déchirantes. Je voulais hurler de douleur face à la faim, face à la perte de ma femme et de mes enfants. Mais dans ce noir absolu, je me répétais sans cesse ces mots : c’est mon Père qui agit. Au bout du compte, tout vient d’un Père qui aime d’un amour éternel. Il sait mieux que quiconque ce qui est juste pour nous. Et on ne questionne pas les agissements de son père." C’est ce secret, cette confiance d'enfant envers le Ciel, qui lui a permis de traverser les flammes et de reconstruire, aujourd'hui, ce monde de lumière. Le fait que nous n’ayons pas de réponse ne signifie pas que celle-ci n'existe pas. Le sourire de cet homme admirable n'est pas une absence de souvenirs, c'est l'étreinte retrouvée avec son Créateur. Ajouter votre commentaire !
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