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Blog : Torah-Box

La force d'espérer ? Tazria Métsora

Il est des forces que l’on croit réservées à des êtres d’exception. Changer le monde, guérir les hommes, donner du courage… autant d’actions que l’on attribue aux puissants, aux savants, aux héros. Pourtant, la Torah nous enseigne une vérité autrement radicale : la force de transformer le monde est à la portée de chacun – elle réside dans la parole.

Tout commence par un souffle. «?Et D.ieu dit : "Que la lumière soit". Et la lumière fut.?» Le monde n’est pas né d’un coup de tonnerre, ni d’un geste brutal. Il est né d’une parole. La parole de D.ieu, un souffle, a donné vie à l’univers. Ce n’est pas une simple image au service de la narration biblique. C’est le fondement même d’une vision, peut-être d’un secret pour l’humanité : le monde est un mot avant d’être une matière. Et si D.ieu a décidé de confier la parole aux hommes, c’est aussi pour leur offrir ce merveilleux cadeau, cette force insoupçonnée : le pouvoir créateur de la parole.

Ce n’est donc pas un hasard si, lorsqu’Il façonne l’homme, D.ieu lui insuffle un souffle de vie (Nichmat 'Haïm), que le Targoum traduit par «?un esprit qui parle?». L’origine de la parole se trouve donc dans le souffle divin. Aussi, il appartient à l'homme de la respecter, la protéger, et la choyer afin d’en faire le meilleur usage possible et être à la hauteur de la confiance du Créateur. La parole est précisément ce qui fait de nous des créateurs à l’image de D.ieu. Elle nous permet de créer des ponts entre les hommes, de leur donner un supplément de vitalité, et d’âme.

Mais alors, si l’homme peut créer avec ses mots, que fait-il lorsqu’il les détourne ? Lorsqu’il corrompt le langage par le Lachon Hara', la médisance, il détruit ce qu’il pourrait édifier. Il blesse ce qu’il pourrait soigner. Il divise là où il pourrait unir.

À l’inverse, parler en bien, encourager, dire une parole juste ou douce, ce n’est pas secondaire. C’est exercer un pouvoir divin. Une bénédiction, une écoute sincère, un mot de soutien ont sauvé des vies bien plus sûrement que des armes ou des lois. Et ce pouvoir n’est pas réservé à quelques élus : tout être humain, sans distinction, en est porteur.

Pas besoin de richesses, de titres, de diplômes, ni même de grande force : la parole est gratuite, universelle, inépuisable. C’est cela, le miracle. Chacun d’entre nous peut, par un mot, rendre le monde un peu plus lumineux. Il suffit d’y croire, et de parler.

Rabbi Na'?man de Breslev disait : «?Si tu crois qu’il est possible de détruire, crois qu’il est aussi possible de réparer.?» La parole réparatrice – le Lachon Hatov – n’est pas moins puissante que la parole blessante. Elle l’est bien plus : elle est le souffle qui rallume l’étincelle, qui donne à l’autre la force de se relever.

Les Sages disaient : «?La vie et la mort sont au pouvoir de la langue.?» (Prov. 18:21). Ils voulaient dire que parler peut relever ou abattre, honorer ou humilier, revigorer ou affaiblir, D.ieu nous en préserve. Et c’est précisément parce que cette force est si simple, si humaine, si quotidienne, qu’on en oublie la portée.

Or, l’espérance naît de cette prise de conscience. Loin d’être une rêverie, elle est une action. Elle commence par une phrase : Je crois en toi. Je suis là. Tu peux y arriver. Chaque mot peut être un pont. Chaque parole donnée peut soulever une montagne.

La Torah ne nous demande pas d’être des surhommes. Elle nous demande d’être des hommes, et de comprendre ce que cela signifie, en étant conscient des ressources insoupçonnées que l’Éternel a placées en nous.

Comme le rappelle Rav Jonathan Sacks, le philosophe et linguiste J.L. Austin parlait des «?actes de langage performatifs »? dans son ouvrage « Quand dire, c’est faire » : des mots qui, en étant dits, font advenir quelque chose. Une bénédiction donnée à un enfant, une parole d’amour à un conjoint, une demande de pardon, un “me voici” à un appel... sont autant de gestes du langage qui créent une réalité nouvelle. Le judaïsme en a fait le cœur même de son pacte avec D.ieu.

C’est cela, la Brit : un engagement mutuel né d’un échange de paroles. C’est ainsi qu’une des paroles fondatrices de l’alliance entre l’Éternel et Israël réside dans le fameux « Na'assé Vé Nichma’ » «?Nous ferons et nous comprendrons » prononcé au Sinaï. Une simple parole qui a fondé une alliance millénaire, et une espérance qui a traversé l’histoire.

Aujourd’hui encore, ce geste nous est demandé?: espérer à voix haute. Redonner de la hauteur au langage. Ne pas céder à la parole cynique ou blasée. Ne pas devenir les spectateurs passifs d’un monde qui se défait.

Chaque génération juive a porté ce combat. Dans les pogroms, on écrivait. Après Auschwitz, on enseignait. Dans l’exil, on chantait. Toujours, la parole était là – comme une protestation contre l’oubli, comme un fil fragile mais tenace, tendu entre les siècles.

Espérer, ce n’est pas rêver naïvement d’un monde meilleur. C’est y contribuer par un regard, un acte, et bien souvent, un mot.

Puisse l’Éternel nous permettre de nous donner la force de devenir des orfèvres de la parole, afin de réparer le monde, et hâter la venue du Machia’h.

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Dernière mise à jour, il y a 40 minutes