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Blog : Carnets d'actualitéObama : son arme contre l'Iran
Le savoureux succès de Daniel Cohn-Bendit et la débâcle du Parti socialiste n'arrivent pas, cette semaine encore, à me détourner du phénomène Obama. Nous attendions le discours du 4 juin au Caire. Il est arrivé et j'adopterais volontiers l'expression d'un confrère israélien (1) affirmant que « la montagne a accouché d'une montagne », qu'Obama est resté Obama : un humaniste inspiré, orateur incomparable et l'un des rares hommes d'Etat de notre époque. Mais après avoir pris acte de la précieuse victoire de la coalition anti-syrienne au Liban, nous attendons aujourd'hui le résultat des élections iraniennes du 12 juin. Avec le risque de voir le président Ahmadinejad se maintenir, ou la chance de le voir écarté au profit d'un successeur qui aura compris le message d'Obama et qui cherchera à apaiser les craintes que Téhéran inspire autant aux Saoudiens et aux Egyptiens qu'aux Israéliens. Le discours du Caire demeure un événement historique non dans ce qu'il annonce comme échéances politiques mais dans ce qu'il souligne comme changement d'orientation. Pour moi, qui ai consacré une partie de ma vie aux problèmes du Proche-Orient, j'attendais depuis plus de vingt ans que quelqu'un tînt les propos que Barack Hussein Obama a tenus à l'Université du Caire. Tout, dans ce discours, témoigne d'une sensibilité exceptionnelle aux préoccupations de tous les protagonistes de la tragédie. Répondant au téléphone à Thomas Friedman, du « New York Times », avant de partir pour le Caire, Obama a déclaré qu'il voulait tendre à chacun un miroir, autrement dit, mettre chacun devant ses responsabilités. Mais pour ma part, j'y vois bien d'autres choses. Depuis le discours d'Ankara du 7 avril, j'ai estimé que l'on pouvait observer au moins deux obsessions chez le nouveau président des Etats-Unis. La première est déduite d'un constat : en Irak comme en Afghanistan, au Pakistan comme en Iran et en Syrie, les Etats-Unis sont confrontés à des populations musulmanes auprès desquelles ils ont suscité une hostilité qui menace de s'enraciner dans le monde islamique tout entier. La seconde obsession de Barack Obama est de triompher de cette hostilité de manière urgente, solennelle et théâtrale. Pour ce faire, il se sent beaucoup mieux placé qu'un Jimmy Carter ou qu'un Bill Clinton, qui ont été habités par les mêmes ambitions. Il se sent mieux placé parce que, métis de père musulman kenyan et de mère chrétienne américaine, chrétien lui aussi, il a vécu, en Indonésie et aux Etats-Unis, en familiarité souvent fraternelle avec le monde musulman. Mieux que d'autres, il estime donc pouvoir mettre fin à l'esprit de croisade né des attentats du 11 septembre 2001, pour convaincre les musulmans que l'on ne luttera contre l'extrémisme qu'avec leur aide et que l'on doit cesser d'associer de manière systématique le terrorisme avec l'islam. D'où l'importance particulière qu'Obama accord au rôle de la Turquie en Europe. Il s'agit d'empêcher Al-Quaeda et Ben Laden, comme Nasrallah, leader du Hezbollah, et comme Ahmadinedjad, de confisquer les valeurs de l'islam et d'appeler à une mobilisation contre l'Occident chrétien, blanc et considéré comme un ami inconditionnel des Israéliens. Une troisième observation concerne précisément Israël. Barack Obama n'a jamais fait preuve d'un excès de candeur dans ses ambitions mais je crois pouvoir retrouver chez lui ce volontarisme passionnel qui caractérisait Pierre Mendès France. Il ne pense pas que des leçons de morale, des rappels à l'ordre religieux et des affirmations de principe suffiront pour provoquer l'union des Irakiens, le redressement des Pakistanais, l'unité des Palestiniens et la sagesse de la droite israélienne. Il est simplement persuadé que l'affirmation solennelle de la volonté américaine d'être solidaire du malheur des Palestiniens - « dont la situation est intolérable. L'Amérique ne tournera pas le dos à leurs aspirations légitimes à la dignité, au progrès et à un Etat qui soit le leur » - conduira les musulmans à constater un changement radical dans les mentalités de toute l'Administration américaine. Ce qui fait la force de Barack Obama, c'est qu'une partie de ses racines et de sa pensée actuelle sont suffisamment imprégnées des valeurs de la civilisation et de la religion musulmane pour lui assurer une audience dans le monde musulman. C'est fort de cette conviction qu'il a pu, depuis le Caire, rappeler les souffrances du peuple juif et dénoncer le négationnisme : « Nier ce fait [la Shoah] est injustifiable. C'est un signe d'ignorance et de haine. Menacer Israël de destruction ? ou reproduire d'abominables stéréotypes sur les juifs ? ne peut que raviver dans l'esprit des Israéliens leurs plus douloureux souvenirs, et donc faire obstacle à la paix. » Cette audace était d'autant plus opportune que Barack Obama était informé des ravages antisémites provoqués par l'intervention militaire à Gaza dans les sociétés arabes et musulmanes. Il n'y avait que lui pour faire accepter un tel discours. Et pour déclarer, s'adressant à tous les extrémistes, Palestiniens ou autres : « La résistance qui passe par l'action armée et l'assassinat n'est pas une victoire. Pendant des siècles, les Noirs d'Amérique ont enduré des coups de fouet réservés aux esclaves et l'humiliation liée à la ségrégation mais ce n'est pas la violence qui leur a permis de conquérir les mêmes droits que les Blancs. » Dans la conclusion de son discours, Obama espère en un monde idéal où, grâce aux trois religions monothéistes et à la démocratie que leur message implique à ses yeux, règneraient l'harmonie générale et la paix universelle. Peut-être l'Iran refusera-t-il jusqu'au bout la main qui lui est tendue et se croira-t-il encouragé par les défis lancés aux États-Unis par la Corée du Nord. Peut-être les Talibans l'emporteront-il non seulement en Afghanistan mais dans une partie du Pakistan. Que resterait-il alors du discours du Caire ? Eh bien, essentiellement une légitimité nouvelle donnée à la lutte contre le terrorisme. Barack Obama, contrairement à George Bush, aura gagné auprès de la majorité des musulmans du monde le droit de combattre l'extrémisme islamiste au nom de valeurs aussi musulmanes qu'occidentales, en tentant de faire oublier, en y mettant fin le plus rapidement possible, la désastreuse aventure irakienne. J.D. (1) Gideon Levy sur Haaretz.com le vendredi 5 juin | Membre Juif.org
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