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Blog : Sérum de LibertéSanté: La victoire fragile d'ObamaMENA: La fin d'une époque qui n'avait jamais existé Par Sébastien Castellion Lundi 09 novembre A l'heure où vous lisez ces lignes, il est probable que la presse française se félicite du « succès historique » que représente, pour le président Obama, le vote du projet de réforme de l'assurance-santé par la Chambre des Représentants, dans la nuit de samedi à dimanche. Je n'ai pas encore lu ces articles, mais je sais d'expérience que, sur les Etats-Unis d'Amérique, la presse française n'a jamais rien fait de plus que copier-coller les slogans de la presse Démocrate américaine. Il n'y a pas de raison qu'elle ait agi différemment cette fois-ci. En général, lorsqu'il s'agit des faits et gestes de l'administration Obama, l'usage immodéré du mot « historique » est un signe sûr que l'on parle d'un événement absolument insignifiant qui sera oublié demain. Les lecteurs de la Ména se souviennent peut-être du discours historique du Caire, en juin dernier, qui allait mettre fin à l'hostilité entre l'Amérique et le monde musulman, et donner la recette du règlement du conflit israélo-palestinien. S'ils ont vraiment très bonne mémoire, ils se rappellent aussi le discours de Berlin de 2008, qui allait' on ne sait plus trop quoi au juste, mais c'était très historique. L'élection d'Obama, il y a un an tout juste cette semaine, annonçait une impressionnante quantité de changements historiques du même genre : elle allait mettre fin à la guerre en Irak, permettre la fermeture du camp de Guantanamo et ouvrir la porte à des négociations constructives entre l'Amérique et la République Islamique d'Iran. Sur tous ces sujets, les résultats finalement obtenus sont les mêmes : rien, rien et rien. Le mot « historique », utilisé par le parti Démocrate, semble donc signifier « moment d'extase collective suivant l'annonce enthousiaste d'un changement impossible à mettre en pratique ». Les larmes montent aux yeux, les Démocrates (et les Européens) tombent en pâmoison. Puis, inéluctablement, la réalité reprend ses droits. C'est même pour cela ? parce qu'il n'existe pas de baguette magique qui puisse la faire disparaître ? qu'on l'appelle « réalité ». Et pourtant, la semaine qui vient de s'achever par ce succès à la chambre des Représentants mérite, un peu plus que les autres, l'adjectif « historique ». Ce que la presse française n'aura probablement pas dit (puisque les journaux Démocrates l'ont passé sous silence) c'est que le vote de la Chambre, dans la nuit de samedi à dimanche, ne peut pas se comprendre sans faire référence aux événements précédents de la semaine. Il y a une semaine, en effet, Nancy Pelosi, la présidente Démocrate de la Chambre, n'avait pas les voix nécessaires dans son propre parti pour faire voter le projet de loi. Malgré une forte majorité Démocrate à la Chambre (258 élus contre 175 Républicains), un grand nombre de Démocrates modérés ne voulait pas prendre le risque de voter une réforme très impopulaire (à plus de deux contre un) chez les électeurs indépendants. Ces électeurs ? qui ne sont ni Républicains, ni Démocrates et dont le comportement détermine, en pratique, le résultat des élections américaines ? sont particulièrement opposés à la création d'un régime public d'assurance santé, qui menace de faire disparaître l'assurance privée américaine. Ils rejettent aussi l'augmentation des dépenses publiques, donc des impôts, contenue dans le projet de loi et évaluée par l'office budgétaire du Congrès à environ 1 500 milliards de dollars. Pour finir, cependant, seuls trente-neuf Démocrates (soit tout de même environ 15 % du total) ont voté contre le projet de loi, pendant qu'un Républicain votait pour. Résultat : une victoire à l'arraché, 220 votes contre 215. La raison de cette modification de l'équilibre politique est que, la semaine dernière avait, avant le vote de samedi, vu une série de nouvelles inquiétantes pour le parti Démocrate et le Président Obama. La popularité personnelle du Président, qui avait perdu environ dix points en juillet suite au débat sur l'assurance-maladie, n'a pas bougé depuis et reste, en moyenne des sondages, située entre 51 et 52%. Quels que soient les défauts d'Obama, il a aussi des caractéristiques personnelles attachantes : bon mari et bon père, excellent orateur quand ses remarques ont été préparées à l'avance et que ses prompteurs ne tombent pas en rade, gardant son calme dans des situations de tension, doté d'une belle prestance et, parfois, capable d'humour. Mais si la personne d'Obama reste ? de justesse ? plutôt populaire, cette popularité ne s'étend plus ni à son programme, ni aux membres de son parti. Les Démocrates en ont eu la démonstration, mardi dernier, lors des élections pour le poste de gouverneur de deux Etats qu'Obama avait remportés il y a un an. Dans le New Jersey ? un des Etats les plus solidement Démocrates de l'Union, qu'Obama avait remporté l'an dernier avec une avance de 15 points ? le candidat Républicain a renversé le gouverneur Démocrate en place avec 4 points d'avance. En Virginie, un Etat politiquement partagé, qu'Obama avait remporté avec 6 points d'avance, un autre gouverneur Démocrate a perdu son poste, cette fois avec 17 points de retard sur son adversaire Républicain. Pour les membres Démocrates de la Chambre des Représentants, qui devront tous se représenter dans un an, ce renversement électoral d'environ 20 points en un an est un signe plus qu'inquiétant de ce qui les attend. Pour Obama, qui avait activement soutenu la campagne des candidats Démocrates, c'est le signe que sa popularité personnelle a entièrement cessé d'être transférable à son parti. Et pour le reste du monde, c'est la preuve que le « changement historique » du paysage politique que l'élection d'Obama était censée représenter (l'émergence d'une Amérique de centregauche où le parti Républicain n'était plus qu'une séquelle du passé, cantonnée à l'électorat blanc aigri et mal éduqué) a exactement le même statut que toutes les autres « ruptures historiques » de cette présidence : celui d'une fiction confortable, imaginée par la gauche pour s'auto-congratuler. Les élections de mardi dernier, à cet égard, marquent la fin d'une époque qui n'avait jamais commencé. L'Amérique reste exactement ce qu'elle a toujours été : un pays de centre-droit, où les élections sont déterminées par un électorat indépendant, qui choisit sans états d'âme Démocrates ou Républicains, selon que chaque parti s'approche plus ou moins de ses idéaux. Les indépendants ne partagent généralement pas l'intérêt des Républicains pour les questions de société (avortement, mariage homosexuel etc.) mais ils leur sont à peu près identiques sur les questions économiques. Ils sont, en particulier, aussi allergiques que les Républicains aux augmentations d'impôt et à l'extension du rôle de l'Etat dans l'économie. Au lendemain du désastre électoral de mardi, l'horizon s'est encore assombri pour les Démocrates avec la publication des chiffres du chômage. Celui-ci a dépassé la barre symbolique de 10% pour la première fois depuis une génération. La dernière fois que d'aussi mauvais résultats avaient été enregistrés était en 1983, l'année où les disques compacts ont été mis en vente pour la première fois. Après plus de vingt ans de dynamisme économique et de faible taux de chômage, l'Amérique d'Obama a désormais une plus grande proportion de chômeurs que l'Europe. Cela ne peut pas être bon pour les perspectives électorales du parti Démocrate. Celui-ci avait fondé toute sa politique économique ? endettement à outrance et renforcement des réglementations ? sur l'idée de la défense de l'emploi. En février dernier, pour défendre son projet de loi de dépenses et d'endettement dit « stimulus », Obama lui-même avait dit que ce projet était nécessaire pour empêcher le taux de chômage de dépasser les... 8 %. La réalité, bien sûr, est que le lancement d'importants programmes de dépenses ? que les entreprises et les ménages devront plus tard payer par des augmentations d'impôt ? ne peut pas plus améliorer les chiffres du chômage sous Obama qu'ils ne l'ont jamais fait. Pour chaque emploi créé par un de ces programmes publics, les acteurs privés en détruisent un (ou davantage), en mettant de côté les sommes nécessaires pour payer leurs impôts futurs. Lorsqu'on ajoute l'incertitude sur le coût futur de l'assurance santé, on obtient une économie recroquevillée dans l'inquiétude de l'avenir. Cela conduit à la détérioration spectaculaire de l'emploi que l'Amérique a connue depuis l'élection d'Obama. Paradoxalement peut-être, cette accumulation de mauvaises nouvelles est presque certainement ce qui a poussé un nombre inconnu de représentants Démocrates à changer d'avis sur le projet de loi d'assurance-santé et à décider, malgré leurs réserves, de voter pour. Quand les perspectives politiques sont simplement mauvaises, la première ligne de défense est de chercher à séduire les indépendants. Les 39 Démocrates qui ont voté contre le projet de loi sont presque tous élus de comtés menacés par les Républicains, mais que les Démocrates peuvent conserver avec un peu de chance et d'efforts. En refusant de cautionner une loi que les indépendants détestent, ces élus espèrent que la vague anti-Démocrate, qui semble se dessiner chez les électeurs centristes, va les épargner. Mais lorsque les perspectives politiques deviennent franchement désastreuses ? comme elles le semblaient après les défaites de mardi et les résultats économiques de mercredi ? faire appel au centre ne suffit plus. Les représentants Démocrates ? du moins, un nombre suffisant d'entre eux pour faire pencher la balance ? ont réagi aux mauvaises nouvelles de la semaine en changeant leur approche pour les élections de 2010. La question n'est plus pour eux « Comment conserver le centre ? ». Elle est « Comment motiver la gauche, maintenant que le centre est perdu ? ». Le vote de la réforme de l'assurance santé est la réponse la plus évidente à cette question. La nationalisation de l'assurance santé est un des rêves fondateurs les plus ancrés dans l'imaginaire de la gauche du parti Démocrate ? les « libéraux » -, comme on les appelle. Cette gauche, depuis une génération, se plaint de ce que les Démocrates au pouvoir ne mettent pas en ?uvre son programme. Le parti leur répondait jusqu'ici qu'il n'avait pas les voix nécessaires : soit le Congrès, soit le Président était toujours Républicain. Maintenant que les Démocrates ont tous les pouvoirs, ne pas mettre en ?uvre, ne serait-ce qu'une partie des demandes des libéraux, garantirait qu'en 2010, cette gauche déçue choisisse de s'abstenir. Si, en contrepartie, les Démocrates pouvaient obtenir le vote indépendant, cela n'aurait pas d'importance ? c'est le calcul que fit rapidement le Président Clinton dans les années 1990. Mais si les indépendants sont perdus d'avance, il devient essentiel de motiver les libéraux' et voilà pourquoi la réforme de l'assurance santé, qui semblait morte avant les élections de Virginie et du New Jersey, a pu être votée de justesse quatre jours plus tard. Cela veut-il dire que la mise en ?uvre de la réforme est acquise ? Bien sûr que non. La réforme de l'assurance santé va désormais être discutée au Sénat. Et là, le paysage politique est très différent. D'abord, plus des deux tiers des Sénateurs Démocrates ne se présenteront pas devant leurs électeurs en 2010, mais deux ou quatre ans plus tard. Qu'Obama mobilise la gauche dans les mois qui viennent leur est donc totalement indifférent. L'important, pour eux, est que leur nom ne soit pas associé à une réforme qui serait impopulaire pour une majorité de leurs électeurs en 2012 ou 2014. Ensuite, les projets de loi importants ont besoin de 60 voix sur 100 pour être votés au Sénat. Or, il y a exactement 60 Sénateurs Démocrates. Autrement dit, Nancy Pelosi pouvait sans risque perdre un solde net de 38 votes (elle aurait même pu en perdre 40), tandis que son équivalent au Sénat, Harry Reid, ne peut pas se permettre d'en perdre un seul. Au total ? mais sans aucune certitude à ce stade ? les probabilités vont donc plutôt dans le sens d'un enterrement du projet de réforme au Sénat. Et si un projet de loi y est tout de même voté, il sera sans aucun doute très différent de celui que la Chambre des Représentants a adopté samedi. Les débats seront longs et difficiles et se prolongeront dans une grande partie de l'année 2010. Or, cette année est une année électorale : selon l'équilibre politique du moment, cela pourrait rendre le vote de la loi soit plus urgent, soit au contraire plus difficile. Le Président Obama, en commentant le vote de samedi, a dit qu'il se réjouissait à la perspective de signer une loi de réforme de l'assurance santé avant la fin de l'année. On ne peut que le féliciter de son optimisme. Moi, je voudrais une bicyclette. Au total, le vote de samedi est un succès politique incontestable pour le Président et pour Mme Pelosi. Mais c'est un succès obtenu de justesse ; il est le résultat d'un changement de stratégie politique chez certains Démocrates, qui s'explique par leur pessimisme sur les élections de 2010 ; et il risque de n'avoir que bien peu de momentum lors de l'examen du projet de texte par le Sénat. Pas de quoi justifier l'extase des commentateurs Démocrates et européens. A moins, bien sûr, qu'ils ne trouvent ennuyeuse la tâche aride de décrire la réalité et préfèrent se réfugier dans la fête permanente d'annonces « historiques » qui se traduisent rarement dans les faits. | Membre Juif.org
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