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Blog : Philosémitisme

"Quel avenir pour les Juifs en France ?": le constat de Raphaël Draï

"Raphaël Draï, tout en réaffirmant la nécessité de remettre sur les rails l'Etat de droit, ne nie pas cet état de fait, établissant ce rude constat : il revient à chacun de mesurer la situation historique et de faire ses choix (se battre en France, réaliser ou pas l'Alyah, et de quelle manière). Ce que vit la France n'est pas une crise puisque cela dure depuis les années soixante-dix. Et parmi ces symptomes, la maladie de l'antisémitisme est une maladie de la pensée." En somme, chacun doit prendre ses responsabilités et prendre la décision de rester ou de partir. 

- Programme du colloque de l'UPJF - «Quel avenir pour les Juifs en France' »
- Une vision de journaliste indépendante sur le Colloque de l'UPJF : "Quel avenir pour les Juifs de France ?",  par Isabelle Kersimon, pour © 2010 lessakele et © 2010 aschkel.info. Extraits:

"J'aurais voulu répondre à Robert Ménard, qui affirmait péremptoirement que non, les médias français ne sont pas défavorables à Israël. J'aurais voulu lui raconter comment, au bureau de presse de Jérusalem où je me rendais pour la première fois, un éminent confrère me découragea, aux alentours du 23 mai 2010, d'écrire le moindre article sur Israël, que je découvrais pour la première fois, arguant que les rédactions et les lecteurs français en avaient marre, ras-le-bol, d'entendre parler du "conflit israélo-palestinien", d'Israël et "tout ça". Je n'étais pas de taille, je proposai des petits papiers sympathiques : l'un sur une initiative de paix locale qui porte ses fruits, l'autre sur une artiste peintre rescapée d'Auschwitz, le troisième sur l'écrivain britannique Matt Rees. Une interview finalement publiée, quelques mois plus tard. J'aurais voulu raconter à Robert Ménard à quel point ces sujets n'intéressent effectivement pas les rédactions, et comment, une semaine après, ces mêmes rédactions ont toutes repris en choeur une dépêche de l'AFP condamnant l'arraisonnement du Mavi Marmara par ce même Israël dont personne ne voulait plus rien savoir. Rien savoir ? Sauf, sans doute, des condamnations basées sur ce qui n'est rien d'autre que des préjugés, et reprises en un choeur invraisemblable jusqu'à ce que quelques titres comme L'Arche Magazine ou Actualité juive n'enquêtent sérieusement et ne redressent des vérités déjà mises à mal. J'aurais voulu répondre à Robert Ménard comment la spécialiste d'un grand hebdomadaire à qui je racontais ces expériences me congédia au nom, dit-elle, de la propagande de ces Israéliens et aussi de ces Palestiniens, on en a marre. Proposez des articles qui ne condamnent pas fermement, etc., l'insupportable politique, etc., et vous voilà sous le joug d'une emprise qui ne dit pas son nom. J'aurais voulu raconter à Robert Ménard comment la rumeur de prélèvements d'organes par Tsahal a fait son chemin suite à la publication du journal suédois Aftonbladet en 2009. Et comment, même récusée par le principal intéressé, le journaliste Donald Böström, elle n'a connu aucune suite. Aucune, sauf la persistance de la rumeur. Comment, donc, la presse française ne s'est pas amendée de ses dires délirants. J'aurais voulu lui raconter comment passent sous silence, sans jamais aucun amendement justement, les remarques les plus folles : ces "colons" assassinés pendant les négociations ne sont jamais que des "colons", pas vraiment des hommes. Un ami journaliste m'a raconté que, quelques années auparavant, il fut même mentionné la mort d'un "bébé colon". La mort d'un "bébé colon", pensez-vous, ce n'est pas la mort d'un enfant d'homme, ni celle d'un homme en devenir.

J'aurais voulu raconter à Robert Ménard comment, en tant que journaliste française, j'ai été accueillie à Bethléem, et comment il me fut proposé de "bien travailler" dans l'espoir de gagner des sommes conséquentes dont rêve tout journaliste indépendant.

J'aurais voulu aussi lui dire que non, les Juifs ne sont pas spécialement paranoïaques. A moins que paranoïaque, je ne le sois moi-même, force est de constater que des problèmes se posent, existent, persistent, souvent, il est vrai, mal posés ou mal formulés, mais réels, tangibles, accessibles de manière aveuglante et glaçante à la non-Juive que je suis. Oui, Monsieur Ménard, même des non-Juifs s'inquiètent... Et que devant l'urgence, cette urgence, il arrive que d'aucuns décident de prendre la parole, de l'arracher, plutôt, pour dire, non pas que la France est antisémite, irréductiblement, historiquement, culturellement, éternellement antisémite. Bien sûr que non, ou pas vraiment. Il suffit de parler dans nos provinces ainsi désignées avec le coiffeur, l'infirmière et le boulanger pour le savoir. Arracher la parole pour dire que si la France, en soi, n'est pas antisémite, il n'en demeure pas moins que des idées ont cours, subrepticement insufflées dans les choix lexicaux, dans les analyses politiques, ou carrément assénées par des groupuscules politiques très actifs, qui valent à des écoliers juifs de se faire tabasser à ce titre. Et valurent à Ilan Halimi de mourir d'une mort atroce. Ou à Raphaël Draï de se faire insulter à l'Ecole normale. Ou à des familles de Justes de voir les cérémonies de remises de médailles perturbées par des "antisionistes au nom de la résistance palestinienne". Ou à Lila Amoura en son collège de se faire traiter de "folle sioniste" pour y enseigner l'histoire de la Shoah, tout comme Catherine Pederzoli à Nancy d'être également mise à pied. Mais sur ces points, je convie volontiers l'ex-président de Reporters sans frontières à compulser le rapport du Haut Comité à l'Intégration sur les difficultés en milieu scolaire... [...]

L'imam Chalghoumi aurait peut-être pu répondre, à qui j'aurais souhaité aussi poser quelques questions. Comme, par exemple, celles de la contradiction flagrante et déflagrante entre ses discours publics et ce livre qu'il dit avoir écrit. Ce livre, Pour l'islam de France, dans lequel il annonce ne pas parler de politique et pourtant soutient que la cause palestinienne est fondamentale. Dans lequel il affirme que le sexisme et l'antisémitisme dans les établissements scolaires de banlieue n'existent que "prétendument", c'est-à-dire, pas vraiment, seulement dans le discours, pas dans la réalité. [...]
J'aurais voulu demander à l'imam Chalghoumi pourquoi, dans son livre, ces quatre-cents pages et quelques dont il aime à rappeler qu'il les a écrites - avec M. Farid Hannache, journaliste algérien -, il évoque le mufti de Jerusalem, Al Husseini, en indiquant qu'il ne savait pas ce qu'Hitler, son grand ami, faisait des Juifs. Il ne savait pas ? Il fut tellement zélé qu'il exigea la déportation vers l'extermination d'enfants d'Europe de l'Est ! Il ne savait pas ? Il fut tellement enthousiasmé dès 1942 par le camp de concentration d'Orianenburg-Sachsenhausen. Lire, pour plus de précisions, la critique publiée par Joachim Veliocas sur son site www.islamisation.fr/chalghoumi-decrypte.html. Selon ce livre, le mufti de Jérusalem aurait sauvé des Juifs s'il avait su... [...]

Michel Gurfinkiel, Shmuel Trigano, Gilles William Goldnadel, Guy Konopnicki, Yvan Levaï, Raphaël Draï en guise de conclusion à ces tables rondes ont exprimé, chacun à leur manière et chacun selon l'ordre philosophique et moral qui leur est propre, au-delà des divergences politiques dont les subtilités devraient pouvoir faire jour ("de gauche", "de droite"), ce questionnement sans ambage et sans fard dont la réponse, pour ce qui est, terme du colloque, des Juifs de France, a probablement été donnée par Claude Goasguen, à qui le prix de l'amitié France-Israël a été remis : "Défendre Israël, c'est nous défendre nous-mêmes".

Défendre les Juifs Français, c'est nous défendre nous-mêmes de menaces sombres que le père Patrick Desbois a clairement exprimées : "L'antisémitisme depuis Drumont n'a pas changé, il est multiforme, et tous ces antisémites forment une grande fédération, se sentent dégagés de la Shoah. Ils critiquent Israël parce qu'en Israël il y a des Juifs. L'Eglise catholique a fait des progrès, certes. Je vous rassure, elle peut en faire encore beaucoup. Admettre la religion juive est un choix. Admettre le peuple juif est un autre challenge."

Je pourrais tenter, renonçant à l'exhaustivité, d'évoquer le propos de Shmuel Trigano, bagarrant pour faire reconnaître les Juifs non en tant que simples croyants mais en tant que peuple. Et à qui le temps, hélas, a manqué pour parler. Ou l'infortuné Gilles William Goldnadel, expliquant en quoi, pointé du doigt au nom parfois de la République, il ne défend d'aucune manière un discours tel que celui de Marine Le Pen, dont il a conscience que ses positions sont, à la vérité, pro-arabes. Yvan Levaï, évoquant les sirènes doucereuses de l'antisionisme de salon, ou Ivan Rioufol dénonçant l'inversion des valeurs. Raphaël Draï, tout en réaffirmant la nécessité de remettre sur les rails l'Etat de droit, ne nie pas cet état de fait, établissant ce rude constat : il revient à chacun de mesurer la situation historique et de faire ses choix (se battre en France, réaliser ou pas l'Alyah, et de quelle manière). Ce que vit la France n'est pas une crise puisque cela dure depuis les années soixante-dix. Et parmi ces symptômes, la maladie de l'antisémitisme est une maladie de la pensée.

Et quand une société ne peut plus penser, c'est qu'il est temps qu'elle s'en donne les moyens.
Membre Juif.org





Dernière mise à jour, il y a 57 minutes