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Blog : Carnets d'actualitéSoyez laïcs !
Le Point de vue de Jean Daniel Notre ennemie, notre seule ennemie, c'est la xénophobie
Notre ennemie, notre seule ennemie, c'est la xénophobie 1. Après ce mardi 5 avril, il faudra plus que jamais le proclamer : soyez laïques ! Si vous l'êtes déjà, que rien, et surtout pas le pseudodébat imposé par Sarkozy, ne vous en détourne ! Pour un tel combat, j'ai gardé toute ma pugnacité. Il est essentiel pour vivre ensemble et pouvoir se dire à la fois fraternel et français. Je le répète depuis longtemps ? C'est vrai, mais tout est devenu confus. Voici pourquoi. Pour Marine Le Pen et certains sarkozystes, la laïcité aura donc été le dernier prétexte pour stigmatiser l'islam. Le procédé n'est pas nouveau ! Souvenez-vous': la Nation avait été un prétexte pour bannir les étrangers. Quant à la sécurité, on s'en est servi pour protéger l'Europe contre les « voyous ». Rien n'est plus éculé depuis que l'on a crié « La France aux Français ! » et « A bas les voleurs ! ». Mais attention': il ne suffit pas qu'une réalité serve de prétexte à une escroquerie pour qu'elle cesse d'être une réalité. De même qu'il ne suffit pas qu'un escroc estime de son intérêt de hurler une vérité pour en faire un mensonge. Refuser le débat ? Il fallait sans doute rappeler au gouvernement ses responsabilités. Mais j'ai dit la semaine dernière comment l'antisémitisme vicieusement formulé de Le Pen avait empoisonné, jusqu'à l'écarter, un débat sur l'immigration. Il ne faut donc pas renoncer à débattre sur les nouvelles formes de la laïcité sous le prétexte que Sarkozy et les siens ne penseraient qu'à l'islam. D'ailleurs, on ne voit pas pourquoi on s'interdirait de penser à l'islam alors que des millions de musulmans le font tous les jours dans le monde. Notre ennemie, notre seule ennemie, c'est la xénophobie. 2. Alors, la laïcité ? A mes yeux et à ceux des maîtres que je me suis choisis, c'est elle, la vraie dominante de notre identité républicaine. Pas question dans ces conditions de nous la laisser voler. La laïcité, c'est la liberté de conscience. C'est la liberté pour chacun de penser et d'exprimer des opinions, toutes les opinions, même religieuses. C'était en substance la définition héritée de 1789, et confirmée au XIXe siècle par Jules Ferry. Cette formule - signe des temps ! - souligne désormais que la liberté de conscience garantit la possibilité de s'exprimer pour toutes les religions et même pour les non-religieux. C'est ce « et même » qui fait toute la différence. L'Eglise catholique, comme elle restait fidèle à la France « fille aînée de l'Eglise » de l'Ancien Régime, a mis longtemps à s'accommoder de toutes les dispositions des lois laïques incontournables qui séparent l'Eglise de l'Etat. La source de tous les pouvoirs, c'est le peuple, son Parlement, ses institutions. Rien qui puisse permettre une dépendance quelconque à l'égard de l'Eglise. Dès la Révolution, la question s'est posée de savoir si une définition centralisatrice et jacobine de la laïcité républicaine devait uniformiser la diversité des ethnies régionales, comme celle de la Bretagne, du Pays basque ou de l'Alsace, en imposant au surplus la disparition des dialectes. Dans son ivresse unitaire et révolutionnaire, à l'époque où « l'Europe parlait français », la France s'est considérée comme « patrie de l'humanité développant une vision universaliste » (1). Mais elle est devenue ensuite un pays peuplé d'immigrés qui, dans un passé récent, a su parfaitement intégrer des communautés entières de Polonais, d'Arméniens, d'Italiens, de juifs de tous les pays. Marseille est depuis longtemps la ville phare des communautés étrangères. Pendant tout ce temps, la laïcité n'a jamais été un rejet, mais un appel. 3. Dans cet esprit, la politique d'intégration a été longtemps une réussite exemplaire. Avec tous ses cours d'instruction civique, l'encadrement de syndicats puissants, la référence même négative à un catholicisme matriciel et structural, et surtout, il faut le dire, avec la conscription obligatoire dans l'armée. C'est lorsque tous ces moteurs de l'intégration ont peu à peu disparu, et avec l'irruption d'une immigration massive, que la France a commencé à devenir non pas seulement multiethnique mais multicommunautaire, chacune des communautés s'identifiant à une religion. A chaque vague d'immigrants a correspondu une période violente de rejet. Mais un problème particulier a fini par se poser avec l'arrivée massive de musulmans dont certaines revendications, pourtant minoritaires, paraissaient mettre en cause la laïcité. D'où l'idée diabolique du Front national de brandir la laïcité comme un idéal républicain, mais en réalité chauvin et xénophobe. D'où le danger qu'il y a à laisser les gens de gauche abandonner leur bien identitaire. Or, comme le souligne Jean Baubérot, le sociologue protestant auquel je reviens souvent, « la laïcité, c'est nous ! » 4. Le Pen ou pas Le Pen, Sarkozy ou pas Sarkozy, l'islam pose-t-il un problème ? Lorsque la question ne se transforme pas en réquisitoire, la réponse est oui. Et ce sont les musulmans eux-mêmes qui ont été les premiers à se la poser dans un contexte international où l'islam a été associé au terrorisme, comme les catholiques ont pu l'être au temps des croisades et de la Saint-Barthélemy. Certains musulmans ont eu le courage de se demander s'il était conforme à leur religion de vivre dans une France laïque qui impose la séparation des pouvoirs, la démocratie, en laissant Dieu au foyer et les citoyens à l'école. Le premier qui ait répondu, c'est Ferhat Abbas, qui devait devenir le premier président du Gouvernement provisoire de la République algérienne. Il a affirmé qu'il n'y avait aucune incompatibilité. Le dernier en date fut le professeur Mohammed Arkoun, qui, français, algérien, musulman et arabisant, en est arrivé, peu avant sa mort, à la conclusion que le respect des Lumières, de la Révolution et de la laïcité ne pouvait que contribuer à réformer et même à libérer l'islam. L'un et l'autre seraient heureux de savoir qu'ils ont aujourd'hui tant de disciples, non seulement en France mais chez tous les jeunes rebelles de la révolution arabe. L'expression « laïcité » est, paraît-il, intraduisible en arabe ? Il n'empêche que la séparation des Eglises et de l'Etat constitue une revendication populaire dans la majorité des Etats arabes. J. D. (1) « Dictionnaire critique de la République », de Duclert et Prochasson, Flammarion.
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" Il n'empêche que la séparation des Eglises et de l'Etat constitue une revendication populaire dans la majorité des Etats arabes."