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Blog : Carnets d'actualité

La deuxième mort de Ben Laden

Le Point de vue de Jean Daniel

                 Le chef d'Al Qaida avait rêvé de déclencher dans le monde, après les attentats du 11 Septembre, une guerre de civilisations qui entrainerait une rupture définitive entre l'islam et l'Occident .Il a échoué.

                 Les cérémonies qui ont marqué le 10ème anniversaire des attentats du 11 septembre se sont achevées dans une magnifique ferveur unitaire mais les débats qui les ont accompagnées ont souligné les questions sur lesquelles j'ai envie de revenir.

Les attentats ont eu beau ne représenter, selon Pierre Hassner, qu'un événement à fortes retombées symboliques, constitué par le simple « mariage du fanatisme et de la technologie » ; ils ont eu beau n'être qu'un simple « pic de tension antioccidental dans un monde déjà en mutation » selon Hubert Védrine ; Dominique Moïsi peut bien y voir, quant à lui, « tout sauf une guerre des civilisations » ces trois éminents politologues ne peuvent s'empêcher de recenser ensuite la série des événements qui se sont enchaînés depuis le 11 septembre 2001 et qui ont bouleversé l'équilibre mondial.

 Ce qui explique leurs réserves, c'est d'une part, selon Hubert Védrine que l'on ne peut pas mettre sur le seul compte des attentats de 2001 l'origine des interventions militaires au Proche-Orient qui ont été envisagé bien avant. D'autre part et surtout, la mondialisation, la crise financière et l'entrée des pays émergents sur la scène internationale ont paru à nos confrères des événements destinés plus que d'autres à changer les Etats-Unis et le monde. Je concède aux deux premiers, leur désir de ne pas galvauder à tout moment le qualificatif « d'historique ». Mais, contre Dominique Moïsi, je maintiens que nous avons eu affaire à une vraie tentative de guerre des civilisations. Le fait qu'elle ait échoué n'empêche pas, nous en avons désormais les preuves par les documents découverts chez Ben Laden après son assassinat, ainsi que par des enquêtes faites sur Kahled Cheikh Mohamed (1), que cette guerre a été pensée de manière audacieuse et cohérente. Il ne fallait plus se contenter des multiples petits attentats, si meurtriers fussent-ils auxquels les Européens et les gouvernements arabes  avaient fini par s'adapter. Il était urgent  de montrer à ces   gouvernements arabes et musulmans que la super puissance qui les asservissait n'était plus invulnérable et il fallait pour cela, la frapper à la tête.

Enfin, il fallait spéculer sur le fait que, une fois l'exploit accompli, la réaction des Américains et de leurs valets, serait assez déchaînée pour provoquer la séparation définitive entre l'islam et l'Occident.

 Ma thèse est que, passée la phase de la stupeur et de l'émotion mondiale, passée la réprobation solennelle et pour une fois unanime du Conseil de sécurité, qui comprend la Chine et la Russie, la stratégie des cerveaux d'Al Qaida s'est révélée payante dès que la guerre livrée aux Talibans, en Afghanistan pour punir les alliés de Ben Laden s'est transformée en domination de l'Afghanistan , et lorsque George Bush, après la désastreuse guerre d'Irak, s'est comporté comme s'il voulait que tous les musulmans devinssent islamistes.       

La préoccupation dominante de Ben Laden était de s'assurer du soutien des populations sur le terrain afin que chaque terroriste puisse se mouvoir parmi les siens -selon la formule de Mao- « comme un poisson dans l'eau. » Pour ce faire, les hommes d'Al Qaida ont recours au fanatisme religieux ou à la terreur, parfois aux deux. Sans doute a-t-on pu dire pour condamner la stigmatisation de l'Islam après les attentats, que les terroristes ne représentaient qu'une infime minorité parmi les musulmans. Sans doute est-il vrai aussi que de nombreux musulmans ont condamné ces attentats. Mais c'était loin d'être suffisant pour dissocier l'image de l'islam de celle de la violence.

 J'ai entendu, dans une intéressante émission  d'Yves Calvi sur France 5, un jeune arabisant, Abdennour Bidar, justement indigné par un tel amalgame, concéder que les communautés musulmanes auraient du condamner « avec plus de vigueur et d'unanimité » les attentats de Manhattan. Question essentielle et, j'espère, devenue anachronique ! Mais si ces communautés se sont retenues hier de désavouer les pilotes des avions-suicides, c'est parce que dans leur for intérieur, parfois sans se l'avouer, elles se sentaient admirativement complices d'un exploit dont l'audace spectaculaire pouvait compenser la cruauté. Laquelle cruauté, d'ailleurs, serait toujours inférieure, dans leurs souvenirs aux humiliations infligées par la colonisation et ses formes d'oppression. Un intellectuel algérien observe opportunément que si les attentats avaient eu lieu à l'époque du tiers-mondisme triomphant, quand les Etats-Unis étaient considérés comme le « grand Satan » par une large partie de la planète, l'émotion des opinions publiques mondiales eut été moindre, et les réactions, fort différentes.

   Nous ne sommes plus à cette époque. L'union soviétique a implosé et en Tchétchénie, elle est hostile aux musulmans. L'alter mondialisme est très différent de la mystique tiers-mondiste. La lutte contre le terrorisme est devenue planétaire. Mais Georges .W Bush n'est heureusement plus là et son successeur Barak Hussein Obama s'est donné comme objectif prioritaire de réconcilier les Etats-Unis avec l'islam. Le fait qu'il n'ait pas été écouté notamment au Proche-Orient est un malheur pour tout le monde et plus spécialement pour Israël qui est désormais isolé. Si Obama était remplacé par un quelconque des candidats républicains, il faudrait craindre le pire. Ensuite, il y a le fait que l'islamisme radical, celui qui consiste à proclamer, comme le font les Frères Musulmans que « la seule constitution c'est le Coran », cet islamisme-là, malgré les soubresauts et les convulsions est en déclin en Egypte, en Tunisie mais aussi au Maroc et en Jordanie.

Enfin, il y a une troisième raison pour expliquer que la guerre des civilisations ait finalement échoué. C'est un phénomène très nouveau. Si vous lisez nos confrères de l'excellente revue « Books », vous comprendrez pourquoi : Des personnalités  palestiniennes, musulmanes et non des moindres en arrivent à la fin des fins à s'interroger  sur l'efficacité de la terreur et les vertus de toute violence. Elles en sont arrivées à penser que les attentats suicides et la guerre sainte ont provoqué le maintien du Likoud à la tête du gouvernement d'Israël et se sont aliénés dans le monde de précieuses alliances. La preuve c'est qu'une initiative pacifique comme la candidature des Palestiniens pour devenir un état membre des Nations -Unies est en train de faire l'unanimité. Gandhi et Nelson Mandela n'ont jamais songé à déclencher une guerre des civilisations.

1. cf. Dans le dernier numéro du mensuel La Revue, l'excellente étude d'Hamid Barrada sur le cerveau du 11 septembre

 

 

 

Membre Juif.org





Dernière mise à jour, il y a 34 minutes