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Blog : Lettres d'Israel

Un prince à Casablanca, de Ralph Toledano : Un beau roman familial sur fond d'histoire des Juifs au Maroc

Un prince à Casablanca, de Ralph Toledano : Un beau roman familial sur fond d'histoire des Juifs au Maroc - © Lettres d'Israel

L?histoire des Juifs du Maroc à l'époque contemporaine offre un exemple unique de ce que l'historien Yosef Hayim Yerushalmi avait appelé « l'alliance royale » : à savoir la volonté des représentants des communautés juives de tisser des liens les plus directs et étroits possibles avec les plus hautes sphères du pouvoir. Cette volonté est, selon l'historien américain, une constante de l'histoire juive en diaspora. Mais elle a rarement atteint un niveau aussi élevé ? sinon peut-être dans l'Autriche-Hongrie de François-Joseph ? qu'au Maroc, où le Roi Hassan II jouissait d'une véritable vénération de la part de « ses » Juifs.


C'est dans ce contexte historique que se situe le beau roman de Ralph Toledano, Un prince à Casablanca, qui vient de paraître aux éditions La Grande Ourse. L'auteur, historien d'art, partage sa vie entre Paris et Jérusalem et a publié plusieurs livres, parmi lesquels Voyages dans le Maroc juif (Somogy, 2004). Un prince à Casablanca peut être défini comme un roman familial sur fond d'histoire du Maroc : il retrace en effet le destin d'une famille de la bourgeoisie juive marocaine et, à travers elle, la fin d'une époque et les choix cruciaux auxquels sont confrontés les Juifs du Maroc. L'épisode central du roman, le coup d'état sanglant contre le roi Hassan II en juillet 1971, marque pour Semtob, le patriarche, le début de la fin.

 

On retrouve dans le livre de Ralph Toledano certains des thèmes du roman emblématique de Roger Ikor, Les eaux mêlées, qui avait reçu le prix Goncourt en 1955 : l'intégration / assimilation des Juifs (ashkénazes chez Ikor, sépharades chez Toledano), l'acculturation et la difficile tentative pour préserver une identité juive en terre d'exil. Ralph Toledano a cependant, à la différence d'Ikor, préféré concentrer son récit sur une période relativement courte (l'été 1970), plutôt que de retracer une histoire de famille sur plusieurs générations. A cet égard, il ne s'agit pas à proprement parler d'une saga, mais plutôt d'un roman familial, marqué par une unité de temps et de lieu qui le rapproche des canons de la tragédie classique.

 

                                                                          Le vieux Mogador au début du siècle

 

 

Cette absence de profondeur temporelle est toutefois compensée par l'abondance des digressions, sous forme de réflexions philosophiques du héros, Semtob, qui enrichissent avec bonheur la trame du récit. Les descriptions culinaires et olfactives, ainsi que les citations du jargon propre aux Juifs de Mogador donnent au livre une couleur locale qui n'est jamais forcée ou artificielle. Mais c'est la profondeur des sentiments et la dimension humaine qui confèrent à ce roman son intérêt principal. J'ai personnellement été particulièrement sensible à la description des relations entre le personnage principal et ses enfants, et notamment à la complicité entre le père et sa fille Betty, la plus idéaliste, qui rêve de monter en Israël.

 

Un des motifs qui revient souvent dans le livre est le thème de l'amour déçu, et des choix cruels auxquels sont confrontés tant le héros, Semtob ? qui a renoncé à son amour de jeunesse pour faire un mariage de raison ? que son fils, Gilbert, partagé entre son amour pour une jeune fille d'une famille de colons français, Louise, et celui de Ruth, plus conforme aux désirs de ses parents. On pourrait presque dire que le thème central du roman est celui du renoncement : à l'amour de jeunesse, au confort de la vie d'une famille aisée et aux fastes du Roi du Maroc, dont le sort décidera de celui des Juifs.

 

Mais toute description est réductrice, et le livre de Ralph Toledano, comme tout roman véritable, échappe à la catégorisation ; sa richesse réside dans l'expérience familiale et personnelle qu'il parvient à transmettre avec talent, sans jamais lasser (pendant plus de 400 pages, ce qui est loin d'être évident !). Au total, c'est un beau récit que l'on lit avec beaucoup de plaisir et d'intérêt, servi en outre par une édition soignée (saluons au passage la jeune maison La Grande Ourse, dont c'est le quatrième livre).

Pierre Itshak Lurçat

 

Un prince à Casablanca, 436 pages, 25 euros.


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Dernière mise à jour, il y a 22 minutes