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Dossier : La Tsédaka, un concept révolutionnaire

Dossier : La Tsédaka, un concept révolutionnaire - © Torah-Box

Le terme de Tsédaka est connu de tous mais est souvent mal compris. En effet, le contexte culturel français dans lequel nous évoluons nous pousse à traduire ce terme par charité. Or rien n’est plus éloigné du concept original de Tsédaka que celui de charité qui signifie étymologiquement affection, recoupant donc un champ lexical sentimental. A nous de découvrir le sens original et authentique… 

Les sources

Il est nécessaire dans un premier temps de nous focaliser sur les sources bibliques qui évoquent de manière claire un comportement mettant en scène un donateur et un récipiendaire. Les versets dans Dévarim 15 (7-11) répondent à notre exigence. Il est ainsi écrit : « Lorsque se trouvera dans ton environnement un pauvre, appartenant à ton peuple, dans l’une de tes villes, dans le pays que D-ieu te donne en héritage ; tu n’endurciras pas ton cœur et tu ne fermeras pas ta main à ton prochain  pauvre ». « Tu ouvriras en sa faveur ta main… Tu ne lui donneras pas de mauvais cœur, car c’est précisément pour cela qu’Hachem ton D-ieu te bénira dans toutes tes entreprises… ». « En effet, l’indigent ne disparaîtra pas de ton pays, c’est pourquoi Je t’ordonne d’ouvrir ta main à ton frère pauvre…qui se trouve dans ton pays ». 

Ainsi, de manière non ambigüe, la Tsédaka apparaît comme une ordonnance divine à laquelle il n’est pas possible de se dérober et non comme un acte de charité aléatoire dépendant de la bonne volonté du donateur éventuel. D’ailleurs l’analyse sémantique du terme de Tsédaka nous permet de découvrir le terme de Tsédek, signifiant justice. Il ressort de cette analyse que le fait de donner la Tsédaka répond à un acte de justice. En effet, les ressources financières d’un individu lui sont fournies par la Providence. Dans ces ressources fournies par La Providence, sont comprises également les ressources financières destinées aux indigents. Cela signifie que lorsqu’un individu donne de l’argent à un pauvre, il ne fait que lui rendre ce qui lui appartient, réalisant par là un acte de justice.

Le prophète Yéchayahou, décrivant la piété agréée par D-ieu, s’exprime en ces termes : « Ainsi c’est à cela que ressemble le jeûne que Je désire : …donne de ton pain au pauvre et invite chez toi les indigents sans le gîte. Lorsque tu verras un pauvre homme dénudé, vêts-le ; ne te dérobe pas à ta propre chair » (Yéchayahou 58, 6-7). Nous apprenons de ces versets que la Tsédaka ne se limite pas à un aspect financier mais qu’elle peut revêtir toutes les formes d’assistance possibles, alimentaire, vestimentaire et autres.

L’éclairage de Maïmonide      

Le Rambam (Maïmonide) dans son ouvrage Michné Torah (section Zéraïm, lois des dons aux pauvres, chapitre 10), explique que nous devons prêter une attention toute particulière à la Mitsva de Tsédaka plus encore qu’à n’importe quelle autre Mitsva positive. En effet, la Tsédaka est le signe qui permet d’identifier les hommes de bien, descendants d’Avraham Avinou, comme il est dit dans Béréchit 18,19 : « Je l’ai distingué afin qu’il ordonne à ses fils et à sa maisonnée de suivre le chemin de D-ieu en pratiquant la Tsédaka et la justice… » Le Rambam nous assure qu’on ne s’appauvrit pas en pratiquant la Tsédaka. Il nous enseigne également que celui qui a pitié des autres attire sur lui la pitié céleste, comme le dit le verset : « Il (Hachem) mettra la pitié en ton cœur et de ce fait Il te prendra en pitié » (Dévarim 13,18). Le Rambam nous avertit également que celui qui détourne ses yeux de la Tsédaka est considéré comme un renégat, au même titre que le juif qui pratiquerait l’idolâtrie.

Il nous enseigne également qu’Hachem est proche des supplications des pauvres, comme il est mentionné dans le texte Nichmat Kol ‘Haï  que l’on dit samedi matin : « Les supplications des pauvres, Tu entends ». Il est interdit de donner la Tsédaka en prenant une expression sévère mais au contraire, il faut donner la Tsédaka en étant souriant et agréable et en compatissant sincèrement à la peine et aux difficultés de l’indigent ; il faut s’efforcer également dans toute la mesure du possible de le réconforter. Si jamais il arrive qu’on n’ait pas de quoi donner au pauvre qui s’adresse à nous, il faudra s’efforcer de l’apaiser par des paroles réconciliantes.

Il est interdit de réprimander le pauvre ou d’élever la voix à son encontre, car son cœur est déjà brisé en lui du fait de ses difficultés financières. Humilier le pauvre constitue une grave faute ; au contraire, il faudra s’efforcer d’être pour lui comme un père empli de miséricorde.  

Les huit échelons de la Tsédaka selon Maïmonide (ibid.)  

La Tsédaka au niveau le plus élevé consiste à prêter assistance à son frère juif démuni de sorte à le sortir définitivement de la pauvreté, que ce soit par un don d’argent ou un prêt financier ; ou encore en permettant à un indigent de devenir gratuitement partenaire à part entière d’une entreprise ou d’un magasin ou de toute autre forme de structure commerciale. Rentre également dans ce cadre le fait d’aider un individu démuni à trouver un travail.

Le niveau de Tsédaka juste inférieur est celui qui consiste à donner aux indigents en préservant totalement l’anonymat aussi bien du donateur que du récipiendaire. Ensuite de manière décroissante dans l’échelle de la Tsédaka, vient la configuration de celui qui donne en connaissant l’identité du récipiendaire, mais sans que ce dernier ne connaisse l’identité de son bienfaiteur. Toujours dans l’ordre décroissant, se profile le cas de l’indigent qui connaît l’identité du donateur sans que ce dernier ne connaisse pour autant l’identité du bénéficiaire de ses largesses.

Encore en dessous, se situe la configuration de celui qui donne à l’indigent avant même que ce dernier n’en formule la demande. Toujours dans l’ordre décroissant, vient ensuite le cas de celui qui donne au démuni selon ses besoins, après que celui-ci en ait fait la demande. En descendant encore dans l’échelle de la Tsédaka, on arrive à la configuration de celui qui donne au pauvre sans couvrir ses besoins mais en le faisant de manière avenante. Enfin le dernier niveau de la Tsédaka consiste à donner au pauvre sans couvrir la totalité de ses besoins et qui plus est, en lui montrant une mine renfrognée.  

Combien donner ?

Le Rambam (Maïmonide) dans son ouvrage majeur, le Michné Torah (section Zéraïm, lois des dons aux pauvres, chapitre 7), rapporte le verset de la Torah : « Tu ouvriras ta main en sa faveur… et tu combleras ses besoins » (Dévarim 15,8). A partir de ce verset, le Rambam définit et quantifie l’obligation de la Tsédaka. Ainsi donc lorsque se présente un pauvre, il faudra couvrir tous ses besoins, si les moyens du donateur le lui permettent toutefois. Au cas où il adviendrait que le donateur n’ait pas les moyens de couvrir tous les besoins du pauvre, il existe plusieurs configurations possibles : la meilleure façon de réaliser la Mitsva consiste à donner un cinquième de ses revenus ; une façon moyenne, c’est-à-dire correcte, revient à donner un dixième de ses revenus. Par contre, donner moins de dix pour cents de ses revenus est considéré comme de l’avarice. Cependant, il n’est pas autorisé de donner plus d’un cinquième de ses revenus à la Tsédaka, de crainte de s’appauvrir et de finir par dépendre de la bienfaisance publique.

Donner le Maasser (le dixième) de ses revenus constitue un grand mérite. A plusieurs reprises la Mitsva du Maasser est mentionnée dans la Torah. Lorsqu’Avraham revint de la guerre contre les quatre rois, il offrit le dixième du butin à Malkitsédek qui avait le statut de Kohen (Béréchit 14,20). Après que Yaacov ait fait son fameux rêve où il vit une échelle relier le ciel et la terre, il promit à Hachem de Lui consacrer le dixième de ses revenus, comme le dit le verset : « et de tout ce que Tu me donneras, je T’en consacrerai le dixième » (Béréchit 28,22).

Cette Mitsva constitue une Ségoula (moyen non-conventionnel) pour s’enrichir, comme il est rapporté dans le Midrach Tan’houma (Parachat Reéh, par.18) « Asser Kédé Chétitacher » (« Prélève le Maasser  pour t’enrichir »). Les maîtres Tossafistes (traité Taanit 9a), dans leurs commentaires commençant par les mots « Asser Téasser » (issus du verset de Dévarim 14,22), rapportent au nom du Sifri que les propos de ‘Hazal (nos Sages de mémoire bénie) selon lesquels celui qui donne le Maasser s’enrichit, concernent celui qui donne le Maasser  non seulement sur la récolte de son champ mais aussi sur les bénéfices issus de tous ses revenus, transactions commerciales, emploi, rente, loyer, portefeuille d’actions, placement financier, allocations familiales ou autres versées par l’Etat ou un organisme privé, don fait par un tiers ou encore gain issu d’une loterie. Si quelqu’un touche un capital important qu’il désire ensuite investir, il devra d’abord prélever le Maasser sur le capital avant d’investir le capital. Il donnera par la suite dix pour cent à la Tsédaka sur les revenus du capital. Les maîtres Tossafistes affirment également que celui qui ne fait pas attention à donner scrupuleusement le Maasser  finira par essuyer des pertes financières importantes. Rabbi ‘Hayim de Vologine enseigne au nom du Gaon de Vilna, dans son ouvrage Kéter Roch (alinéa 223), que celui qui prélève le Maasser  est assuré de ne pas essuyer de perte financière et que celui qui prélève un cinquième de ses revenus pour les consacrer à la Tsédaka est certain de s’enrichir.

A qui donner ?

D’après le Midrach Tan’houma, il est bon de donner son Maasser en priorité aux personnes qui se consacrent à l’étude de la Torah et qui font face à des difficultés financières. Cependant, si des personnes de son entourage familial ont des difficultés financières, elles ont priorité sur les étudiants en Torah. Ensuite, il convient de donner aux pauvres de sa ville, puis aux pauvres d’une autre ville. Pour celui qui n’habiterait pas en Erets Israël, les pauvres d’Erets Israël (ceux de Jérusalem d’abord puis ceux des autres villes d’Israël) ont priorité sur les pauvres d’une autre ville que la sienne.

Qui est considéré comme pauvre ? Toute personne qui ne possède pas un capital ou des revenus suffisants lui permettant de faire face à tous ses frais généraux.

Le Ridbaz nous enseigne qu’un homme doit se préoccuper en premier lieu de la subsistance de sa femme et de ses enfants qui sont à sa charge. Cela implique que celui qui a des revenus très faibles ne lui permettant pas de couvrir ses besoins vitaux, devra néanmoins prélever le Maasser mais l’utilisera pour couvrir les besoins de sa femme et de ses enfants (rapporté dans « 5 minutes éternelles »). Au cas où ces besoins sont couverts, il sera nécessaire de vérifier que ses propres parents ne sont pas dans le besoin, puis éventuellement ses grands-parents (paternels d’abord, puis maternels). Ensuite, il faudra s’assurer que ses propres enfants qui ne sont plus à sa charge ne sont pas dans le besoin. Puis il faudra vérifier que ses frères et sœurs du même père puis de la même mère ne sont pas dans le besoin. Dans cet ordre d’idées également, un ami proche est prioritaire par rapport à un pauvre de notre quartier.

Par ailleurs, il existe des projets qui sont considérés comme de la Tsédaka s’ils répondent à une nécessité publique, comme la construction d’un Mikvé ou d’une synagogue. Toutefois, il n’est pas permis de délaisser les pauvres au profit de ces causes.

Les vertus de la Tsédaka 

Le livre Taharat Hakodech cite quelque vingt-neuf vertus de la Tsédaka. Même si l’énumération peut paraître longue, voire ennuyeuse, il n’en reste pas moins intéressant d’essayer de prendre connaissance au moins d’une partie d’entre elles et de tenter d’en comprendre la portée.

Ces vingt-neuf vertus peuvent être scindées en deux groupes. Dans le premier groupe apparaîtra ce qu’on pourrait appeler les qualités consubstantielles de la Tsédaka.

Ces qualités sont au nombre de trois : « La Tsédaka est plus grande que les sacrifices et a plus d’importance que la construction du Temple » ; dans le même ordre d’idées « elle revêt plus d’importance que l’accueil de la Chekhina « (Présence divine). Ces trois idées n’en forment qu’une : à savoir que le rétablissement de la justice sociale a plus d’importance aux yeux d’Hachem que le service divin dans sa dimension transcendantale.

Dans le second groupe vont apparaître les facultés de la Tsédaka en tant que vecteur majeur dans le monde.

C’est ainsi que « la Tsédaka hâte la rédemption », puisqu’elle contribue à faire disparaître les injustices sociales et permet l’établissement d’un monde meilleur, conforme à la volonté divine ; ce faisant, elle offre la possibilité au peuple d’Israël d’acquérir des mérites tels, qu’ils peuvent lui faire mériter le dévoilement messianique.

« La Tsédaka permet à celui qui l’accomplit de voir ses forces renouvelées  dans le service divin », illustrant ainsi le principe de mesure pour mesure ; puisque le donateur permet à un coreligionnaire de repartir du bon pied, ainsi Hachem l’aide à son tour à Le servir.

 « Elle sauve du jugement de l’enfer et protège de plusieurs autres souffrances dans le monde futur ». Là encore, il s’agit du principe de mesure pour mesure ; de la même façon que le donateur a pitié du pauvre, ainsi Hachem le prend en pitié.

« Elle procure la vie, la richesse et les honneurs et attire six bénédictions sur le donateur (voire onze pour celui qui non content de donner, réconforte également le pauvre) ». On peut ici aussi invoquer le principe de mesure pour mesure : le donateur en offrant son soutien financier, aide le récipiendaire à vivre ; en échange il reçoit la vie, la richesse et les honneurs, car la bonté d’Hachem est infinie.

« Celui qui cherche à donner la Tsédaka aura le mérite de toujours pouvoir donner » ; en effet, il existe un principe selon lequel Hachem mène l’homme là où son cœur le porte.

« Celui qui soutient financièrement un érudit aura une part dans sa Torah » ; il s’agit là d’un principe de pure justice. En effet, sans le soutien financier de son donateur, l’érudit n’aurait pu étudier la Torah. Par conséquent, il est normal qu’Hachem le récompense en lui donnant une part dans la Torah de l’érudit.

« La pratique de la Tsédaka permet à son auteur de bénéficier de miracles et de voir les mauvais décrets le concernant annulés ». Le donateur de par sa générosité sauve l’indigent du « mauvais décret » de pauvreté dont ce dernier souffre ; ainsi il bénéficie à son tour de l’annulation des mauvais décrets le concernant.

« La Tsédaka permet à celui qui la pratique d’effectuer les réparations spirituelles nécessaires au salut de son âme » ; en effet, elle procure à son auteur de grands mérites et lui ouvre par conséquent les portes de sa rédemption personnelle.

« La Tsédaka sauve de la mort et rallonge la vie » ; bien souvent le soutien financier que reçoit l’indigent est une véritable bouée de sauvetage pour lui, un peu comme si la vie lui était donnée en cadeau. De la même façon, Hachem dans sa grande bonté, offre la vie en cadeau au donateur.

« La pratique de la Tsédaka apporte l’abondance dans ce monde ». Cela peut se comprendre à un premier niveau, par le fait qu’il s’agit d’une redistribution de richesses qui en élevant le niveau de vie des plus démunis, leur permet de contribuer à l’abondance générale en devenant des acteurs à part entière du système économique ; d’autre part, au niveau mystique, il est connu que les actions de l’homme déclenchent une action symétrique dans les mondes célestes. Donner la Tsédaka est un acte de bonté qui va susciter la bonté et l’abondance célestes.

« L’impact de la Tsédaka ne disparaît jamais » ; ce secret nous est révélé par le Ari Hakadoch, à savoir que le mérite de l’accomplissement de la Tsédaka ne s’efface jamais du crédit du donateur. Par conséquent « cette Mitsva accompagne l’âme après le décès et la protège de toutes sortes de nuisances ». « La Tsédaka  protège la descendance » ; en effet, comme nous l’avons vu, son mérite est éternel.

« Le Tout-Puissant exauce la volonté de ceux qui donnent la Tsédaka », car en donnant la Tsédaka, ils accomplissent Sa volonté. Or il est dit dans Pirké Avot, « Fais de Sa volonté la tienne, afin qu’il fasse de ta volonté la Sienne » (Pirké Avot 2,4).

« On est récompensé pour la pratique de la Tsédaka dans ce monde-ci, sans pour autant que la récompense au monde futur ne soit écornée ». La Tsédaka faisant ainsi partie des Mitsvot dont nous touchons les dividendes en ce monde et dont le capital nous est réservé au monde futur, comme le respect des parents, la pratique de la bienfaisance, la visite des malades etc…

« De la même façon que l’on accueille les pauvres et les invités dans la joie, ainsi sera-t-on accueilli au monde futur ». Ici s’applique le principe de mesure pour mesure.

« Le monde tient sur la Tsédaka ». En effet, s’il n’existe plus d’entraide et de soutien mutuel, le monde ne peut dès lors plus continuer à exister.

« Cette Mitsva donne droit au monde futur » ; étant donné son extrême importance, elle peut suffire à donner un sens à toute une vie et à ouvrir par conséquent les portes de la béatitude éternelle.

« La Mitsva de la Tsédaka conduit l’homme sur le droit chemin ». La pratique assidue de ce commandement transformera l’homme de prédateur qu’il était à la base en donneur, d’égoïste en altruiste et fera évoluer progressivement le centre de sa vie de lui-même vers son prochain, comme l’explique Rav Dessler dans Mikhtav Mééliahou.

« Elle fait taire les accusateurs célestes et permet à la prière du donateur d’être acceptée ». L’accomplissement de cette Mitsva crée des défenseurs célestes qui plaideront en faveur du donateur et permettront à sa prière d’accéder au Trône céleste.

« La Tsédaka donne le mérite d’avoir des enfants justes, érudits et riches ». N’est-ce pas là le souhait de tout parent ? Le mérite incommensurable de la Tsédaka permet ainsi de faire de ce rêve une réalité. C’est à nous qu’il incombe de savoir saisir cette opportunité en réconfortant l’indigent par nos largesses financières et nos paroles amicales et fraternelles qui lui permettront d’affronter victorieusement les défis et les aléas de l’existence.

Conclusion

Aux antipodes de la charité condescendante issue de la culture du Vieux Continent, éloignée du charity-business et de son ostentation propre au Nouveau Monde, tout autant que de l’égalitarisme dictatorial et sanguinaire des régimes socialistes et communistes, la Tsédaka telle que conçue par le judaïsme est basée avant tout sur un respect fondamental de l’indigent ainsi que cela s’exprime dans l’aphorisme de nos Sages : « Plus que le donateur ne fait pour le pauvre, ce dernier fait pour le donateur » (Midrach Rabba, Routh, 5, 9). Par cette sentence remarquable, nos Sages expriment l’idée que loin d’être issue d’un mouvement à sens unique, du haut vers le bas, la Tsédaka est à tout le moins un échange entre pairs et même un don du bas vers le haut, car si le donateur offre son argent, il ne récolte pas moins que la vie, ainsi que nous avons pu le découvrir tout au long de notre propos.

La pratique de la Tsédaka, au-delà de son aspect moral et répondant à une logique que l’on qualifierait aujourd’hui d’humanitaire, est avant tout une avancée extraordinaire vers un objectif primordial qui est celui de domestiquer le prédateur qui sommeille en chaque être humain, pour en faire un donneur, à l’image du Créateur qui n’est que don et bonté, et ceci en permanence, comme l’exprime le verset : « Qui renouvelle dans Sa bonté jour après jour l’œuvre de la Création » (traité ‘Haguiga 12b).

Enfin, la préoccupation de la justice sociale est intrinsèque à l’exigence même et à l’impératif de la Tsédaka, non pas au sens politique ou social du terme, mais bien parce que la possession de biens et de moyens financiers au-delà du strict nécessaire, ne peut se justifier que par la redistribution aux plus démunis. Hachem confie la richesse à certains individus, précisément parce qu’Il les juge capables d’être ses fidèles agents et de rendre aux défavorisés ce qui leur appartient en définitive, mais qui se trouve chez d’autres par un effet de la volonté suprême du Maître de tout l’univers.

Membre Juif.org





Dernière mise à jour, il y a 50 minutes