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Politique Israël

Sarcelles, terrain miné pour DSK

S'il se porte candidat aux primaires socialistes, DSK
fera probablement une halte à Sarcelles, sa caution
terroir. Mais attention, le terrain est miné: son poulain Pupponi traîne
moult casseroles. Sa gestion controversée des communautés, notamment, pourrait
bien desservir son mentor. Deux journalistes du magazine Megalopolis sont allés
à sa rencontre. Voici le second volet de leur enquête.

A la bonne franquette. François Pupponi reçoit dans son bureau, place de
Navarre, en plein quartier populaire des Flanades, à Sarcelles. Même traitement
pour les journalistes que pour les administrés: nous sommes invités à frapper à
la porte du maire, n'importe quand dans l'après-midi pour «discuter» ?après accord oral sur le principe de l'interview.
L'homme est affable, et, il faut bien le dire, captivant. Par chance, nous
n'avons pas rencontré ce jour-là son double maléfique. Un Pupponi autrement
plus cassant et qui sait montrer les dents quand on l'emmerde.

«Je suis rancunier et la vengeance
viendra un jour, je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, mais je pense
que certains vont manger cher», déclare-t-il ainsi au beau milieu d'un
conseil municipal de janvier 2010. Le maire n'a pas apprécié qu'un corbeau
envoie à la justice des documents attestant de frais de représentation plutôt
élevés... La première affaire d'une série qui entache quelque peu le bilan du
socialiste.

Champagne et trafic d'influence

Reprenons depuis le début. En 2008, le parquet de Pontoise est alerté, par
lettre anonyme, de dysfonctionnements dans la gestion de Sarcelles Chaleur, la
société d'économie mixte (SEM) chargée du chauffage de 40.000 habitants, et
présidée par Pupponi. Et ce n'est pas tout: le corbeau livre également des
copies de factures réglées avec la carte bleue de la SEM, au nom de François
Pupponi.

Bouteille de champagne en boîte (160 euros), dîners dans de grands
restaurants parisiens, nuits dans des hôtels de luxe... le maire de Sarcelles
ferait dans le bling bling ?pour les besoins des négociations menées au nom de
la SEM, en cours de privatisation à l'époque, explique-t-il, outré.

«Victime» collatérale de ces
fuites: le directeur administratif de la SEM, remercié quelque temps après...
Avec en poche un chèque de 122.000 euros, selon l'Express. «Pas mal pour un salarié qui n'a travaillé
que deux ans dans l'entreprise ?à un salaire de 3000 euros mensuels!», ironise
l'hebdo.

Plus récemment, c'est une employée municipale qui a été prise la main...
dans le pot-de-vin. Soupçonnée
de trafic d'influence pour avoir distribué des HLM contre des bakchichs de
1.500 euros, elle a été suspendue par la mairie et attend son procès.

«Acte isolé», plaide Pupponi.
L'instruction est toujours en cours. Mais en attendant, Caty Richard, l'avocate
des plaignants, s'avoue «choquée» par
la réaction du maire. «Il a une attitude
agressive vis-à-vis des gens qui ont porté plainte. Ce sont eux les victimes,
ils méritent un peu plus de considération.» 

L'avocate regrette également qu'un de ses clients, employé municipal, ait
été «mis à pied» après le dépôt de
plainte, alors qu'une autre victime aurait été «foutue dehors manu militari par M. Pupponi» alors qu'elle se
rendait à la mairie à la recherche d'explications...

Et puis il y a aussi l'affaire du club de foot, une des plus grosses
associations de la ville. Bakchich épinglait
en septembre 2010 la gestion douteuse entre 2003 et 2008 de l'AASS, dont
l'équipe première évolue en Promotion d'Honneur. Retraits en espèces, anomalies
comptables... L'association, présidée durant cette période par Youri Mazou,
adjoint au maire et proche de Pupponi, recevait chaque année des subventions
municipales, sans jamais délivrer ni bilan ni comptes.

Transparence zéro

Une situation au minimum opaque que dénonce régulièrement Rachid Adda,
opposant MRC à François Pupponi. Pour avoir interrogé l'équipe municipale sur
des devis d'essence qu'il jugeait disproportionnés, Adda dit avoir été «menacé de mort» par l'adjoint à la
voirie.

Du côté des agents municipaux, et notamment des vacataires, l'heure est à
la déprime. «Les vacataires passent des
années à travailler pour la ville avec des contrats précaires: ils n'ont pas de
logement, pas de crédit, ils ne peuvent pas se construire. Ils n'ont aucune
perspective», déplore Mamadou Diallo, porte-parole de la CGT locale.

«On a rencontré le maire le 24
janvier dernier. Rien de concluant n'est ressorti, on a eu une gentille petite
invitation à aller voir ailleurs si on n'était pas contents», raconte
Diallo.

En effet, interrogé sur le sujet, Pupponi balaie la question, pressé d'en
finir:

«Pfff mais y'a pas de malaise, y'a
rien. Vous savez, on a 1.500 agents municipaux, 150 vacataires. La grève a
touché 30 personnes... Ça fait longtemps qu'il n'y a plus de grève à Sarcelles.»

Fin de la discussion. Mais pas du mouvement: la CGT a déposé un nouveau
préavis de grève pour le 14 mars. Ses revendications' Un plan de titularisation
des agents sous contrat, de la formation, et la revalorisation du régime
indemnitaire des vacataires.

Mais au-delà de la question des vacataires, le syndicat majoritaire dénonce
la transparence zéro qui prévaut au sein de la mairie:

«On ne sait pas comment les
recrutements sont faits. Des agents municipaux arrivent directement sur des
postes à temps plein, alors que les vacataires n'ont aucune opportunité d'être
titularisés au bout de 4 ou 5 ans... Il n'y a aucune transparence, on voit des
gens dans les couloirs de la mairie, on ne sait pas ce qu'ils font, on ne voit
aucun appel à candidature...»

Quand on lui demande s'il parlerait d'«emplois fictifs», Diallo se refuse à
franchir le pas, faute de preuves. D'autant que les représailles peuvent être
brutales ?le secrétaire général de la CGT locale, Laurent Colin, par deux fois
victime de menaces physiques, évoque le «climat
de violence» qui règne à Sarcelles. 

Un conseiller municipal, membre de l'opposition, se confie lui aussi en
«off»:

«Dans la ville, tout le monde connaît
la vérité, sauf que tant qu'on n'a pas de preuves, on est attaqué en
diffamation. Avant, Sarcelles avait la réputation d'être une ville un peu
chaude, aujourd'hui moins, car le silence des voyous est acheté. C'est avec des
bakchichs que la mairie garantit la paix sociale.»

La politique communautaire: «Le seul truc qui peut
desservir Dominique pour 2012»

Ces nombreuses casseroles pourraient bien plomber le come-back de DSK dans
«sa» ville. Mais pour Pupponi, «le seul
truc qui peut desservir Dominique pour 2012», c'est sa politique vis-à-vis
des communautés.

Et notamment sa générosité avec les associations sarcelloises.
Particulièrement foisonnantes, elles reflètent la diversité d'une ville qui
compte pas moins de 40 origines. Ainsi, la très grande majorité ?près de 400? a
une activité communautaire ou religieuse.

Et sur ce terrain-là, Pupponi fait une franche unanimité. Le maire peu
attentif voire brutal décrit par la CGT et l'opposition se mue en «un homme très à l'écoute» ?scandaleusement
communautariste, pour ses détracteurs. 

En 2008, Pupponi n'hésite pas à
intégrer à l'équipe municipale des juifs orthodoxes de la Liste Bleue,
liste que DSK qualifiait de «honte pour
la République» lors
de la campagne de 2001... Mais Pupponi assume et se félicite a posteriori:

«Les mecs ont accepté de revenir dans
l'espace commun et de suivre notre profession de foi, c'est pas mal non'»

Accusé de clientélisme par ses opposants, il (sur)joue l'énervement:

«Les biens-penseurs, les bobos dans leurs bureaux,
c'est facile. Nous, les communautés, on les vit tous les jours. La France a
communautarisé. En gros, vous nous avez foutu le bordel, nous on rattrape la
catastrophe. Comment on fait pour s'en sortir' Dites-moi! Moi, ma solution: on
rencontre ces communautés, on ne nie pas leur passé, on leur permet de
transmettre leur langue, etc. Un Malien qu'on lâche ici, c'est normal qu'il
vive comme chez lui.»

Du coup, Pupponi a la subvention facile. C'est le poste de dépenses qui a
le plus augmenté entre 1997 et 2001: +58% en quatre ans, note la chambre
régionale des comptes. 

Parmi les dotations qui ont fait de grosses vagues, 300.000 euros versés à deux
associations assyro-chaldéennes de la ville (150.000 euros chacune) pour
construire un centre social. «Il sera ouvert
à tous», tient à préciser l'une des assos en question.

En tout cas, c'est une forme particulière de politique communautaire qui se
dessine à Sarcelles. Plus particulariste, moins universaliste que celle du PS,
davantage traditionnellement républicain dans ce domaine. Un cas pratique
intéressant pour DSK, s'il doit débattre un jour du volet «laïcité» d'un
programme présidentiel.

Marina Bellot et Sylvain Mouillard

Article paru dans Megalopolis. Le N°4 du magazine est en kiosque.

Membre Juif.org





Dernière mise à jour, il y a 41 minutes